Publié le 21 mars 2022
Le décret de nomination des nouveaux ministres précise l’ordre protocolaire des membres du gouvernement. Si dans le précédent gouvernement, tous les vice-ministres passaient avant les secrétaires d’Etat, cette fois, le seul vice-ministre, celui en charge de l’élevage, est classé bon dernier après les deux secrétaires d’Etat (SEG et nouvelles villes). Les prérogatives d’un vice-ministre et celles d’un secrétaire d’Etat ont-elles changé au point de justifier ce nouveau classement ? Cela sent l’improvisation et le manque de professionnalisme.
Curieusement d’ailleurs, le SEG passe cette fois devant son collègue en charge des nouvelles villes, même s’il s’agit des mêmes personnes.Est-ce à dire que le SEG a mieux « performé » que son collègue des nouvelles villes après l’évaluation des membres du gouvernement?
Les rangs protocolaires de 9 ministères se sont améliorés, tandis que ceux de 11 ministères ont regressé.
Le ministère de l’aménagement du territoire et des services fonciers a gagné 4 places en 4ème position cette fois. Espérons que cela le fera gagner en efficacité et que le ministre osera enfin s’attaquer aux remblais de la plaine d’Antananarivo et les déclarer immédiatement inconstructibles pendant une période d’une quinzaine d’années pour arrêter l’artificialisation du sol. Le temps de bien étudier les problèmes d’évacuation des eaux pluviales. Espérons également qu’il écoutera la voix des organisations paysannes qui sont vent debout contre la nouvelle Loi foncière 2021-016. Enfin, ce nouveau ministre se mettra-t-il du côté des petits paysans face au gros Karana dans l’affaire de terres d’un colon dans la région Sofia et celle de Bobasakoa/OSO farming-Les gambas d’Antakarana, pour ne citer que celles-là..
Les Tantsaha
Le ministère de l’agriculture figure en 18ème place, celui de la pêche en 19 ème et le vice-ministre de l’élevage, bon dernier. Il s’agit des ministères qui s’occupent des « Tantsaha Mpamokatra », lequels constituent la majorité de la population. Force estmalheureusement de constater qu’ils sont le cadet des soucis de ce régime qui préfère la facilité d’ importer des quantités énormes de riz afin de concurrencer ces riziculteurs malgaches. Il est vrai que ces paysans manifestent très rarement leurs mécontentements. Et pourtant, dans le contexte actuel de la guerre russo ukrainienne qui va engendrer une flambée des prix des céréales, peut-être même leur raréfaction, la seule réponse sensée est de produire plus localement. Malheureusement, on a un président qui n’y connaît rien en agriculture, qui préfère conseiller plutôt la culture de l’artémisia que celle du riz, qui pense que le cycle de production du riz est de deux années. C’est à se demander si les problèmes et les soucis des paysans l’intéressent.
La dotation de matériels de travaux publics aux régions ne comprenait même pas de pelles mécaniques (rappelons-nous les fameuses pelles Poclain de l’ère Ratsiraka), très utiles pour les canaux d’irrigation.
Importer (une fois de plus) des vaches laitières avant même d’avoir identifié les futurs éleveurs et être obligé par la suite d’afficher un appel à candidatures pour le placement de ces vaches? La charrue avant les bœufs ! Tant qu’à importer, le gouvernement aurait mieux fait de se tourner vers des pays comme le Brésil qui, à force de croisements, dispose de races de vaches productives et mieux adaptées à nos conditions tropicales. Mais Rajoelina ne semble connaître que Renimalala !
Système éducatif
Quant au système éducatif, le ministère de l’enseignement supérieur tient la 13ème place, celui de l’Education nationale, la 14èmeet enfin celui de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, la 23ème place, bien loin de la 11ème place du ministère de la Jeunesse et des sports. Les Bareas avant nos enfants ? Sans autres commentaires !
La Gazette a rappelé le petit nombre inquiétant d’inscriptions aux épreuves du baccalauréat. Certains candidats n’avaient pas les moyens de payer les frais d’inscription ou ne pouvaient pas fournir les documents administratifs exigés, notamment dans les nombreuses localités touchées par les derniers cyclones. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles a-t-on coutume de dire ! Mais qui y pense dans ce gouvernement aveugle et sourd aux vrais problèmes de la population ? On préfère passer le temps à remettre des décorations aux pêcheurs ayant sauvé le général Gellé !
Environnement et reforestation
Le ministère de l’environnement et du développement durable figure à la dernière place des ministères pleins. Il a d’ailleurs perdu son vice-ministère de la reforestation.
L’ex-ministre de l’environnement, tout comme celui de l’eau, ont été évincés, leur actions ayant sans doute été jugées insatifaisantes. Certes, ils n’ont pas de parti pour les «protéger », mais on est en droit de se demander, si ce n’était pas pour les punir d’avoir osé prendre leurs responsabilités concernant les défaillances de QMM en matières environnementales.
Par ailleurs, ce déclassement du ministère de l’environnement semble annoncer que la reforestation, l’arrêt des feux de brousse et la protection de l’environnement, ne figurent plus parmi les priorités de ce régime.
Compte tenu des faibles moyens à notre disposition, la hiérarchisation des priorités est plus que nécessaire et fait partie d’une bonne gouvernance.
Force est de constater la frilosité actuelle des bailleurs de fonds traditionnels, les seules sources de financement du régime, n’en déplaise à Mamim-bahoaka qui avait péroré pendant la propagande électorale que « si Madagascar ne devait compter que sur ces bailleurs de fonds, même dans 50 ans Madagascar resterait sous-développé ».
Cessons de nous ridiculiser en parlant d’émergence alors que le taux d’augmentation de notre PIB en termes réels restera dans les 5% jusqu’en 2004 (si tout va bien) après un recul de 7,1% en 2020. Le PIB par tête est estimé à 525 dollars en 2022 et atteindra péniblement 660 dollars en 2026. A comparer au PIB par tête des Comores de 1420 dollars en 2021 ! On est très loin de l’émergence.
Alors, svp M. le grand Timonnier, cessez de nous bassiner avec vos veliranos et émergences, revenez un peu sur terre et prenez exemple sur nos frères comoriens qui ont su nous aider à arrêter des trafiquants d’or !
La gazette