Le 5 mars, l’autorité halieutique nationale stipule l’ouverture de la pêche crevettière. Dans ce contexte, il importe de rappeler que la pêcherie crevettière par chalutage à Madagascar a commencé dans les années 1960s sur la Côte Nord- Ouest. Très rapidement de nombreux armements se sont développés pour atteindre, au début des années 2000, une flotte de 70 chalutiers industriels et 36 chalutiers artisanaux. La pêche traditionnelle se pratique quant à elle depuis de très nombreuses années, dans ou à proximité des mangroves, et s’effectue à pied ou en utilisant des embarcations mues a la pagaie ou à la voile. Les secteurs de pêche industriels et traditionnels capturent les crevettes d’un même stock mais dans des habitats différents. Les produits issus de la pêche traditionnelle sont principalement destinés à la consommation locale, alors que les industries exportent la plupart des crevettes capturées.
Dans le souci de rendre pérenne la pêcherie crevettière qui était devenue la première pourvoyeuse de devises à l’économie nationale, différentes initiatives furent prises, tel le « Projet pour la Gestion Durable de la Ressource Crevettière » (PGDRC) qui fut mis en place au début des années 2000. Des outils de gestions furent créés, dont le Programme National de Recherche Crevettière (PNRC), l’Observatoire Economique pour la Filière Crevettière (OEFC) et le Centre de Surveillance des Pêches (CSP). Des mesures de gestion de la pêcherie ont été mises en place (e.g. principe de régulation basé sur les cordes de dos des chaluts) et de nouveaux textes réglementaires pour la gestion de la pêcherie ont été élaborés et publiés. Ceux-ci incluent le VMS obligatoire pour tout navire, le gel des licences de pêche, l’augmentation du maillage, l’interdiction des chaines racleuses pour les chaluts et l’interdiction de techniques de pêche traditionnelles non sélectives, les TED et BRD obligatoires, etc. Un début de dialogue entre les pêcheurs industriels et traditionnels avait également été instauré.
Ces efforts n’ont malheureusement pas abouti et les pêcheries industrielles et artisanales sont en crise. La flotte a commencé à décliner au début des années 2000s. En 2012 on ne comptait plus que 50% de la flotte industrielle tandis que la flotte artisanale avait complètement disparu entrainant de nombreuses pertes d’emploi. Les captures ont quant à elles chuté de 30% entre 2005 et 2011, signe de la chute apparente des stocks. Entre temps, d’après les données et informations disponibles, il semblerait que l’effort de pêche traditionnelle ait récemment augmenté.
C’est dans ce contexte, aggravé par la crise économique, que les différents acteurs (Administration des Pêches, armements industriels, pêcheurs traditionnels, etc) se sont réuni lors d’une « Journée de Réflexion pour le Redressement de la Pêche Crevettière » tenue à Mahajanga en Février 2012, et ont pris une recommandation relative à la reprise impérative du processus de certification MSC (Marine Stewardship Council) de la pêcherie crevettière. Les enjeux sont importants pour Madagascar : l’exportation de crevettes a représenté, entre 2008 et 2012, environ 7% de la valeur des produits d’exportations de Madagascar tous secteurs confondus (la part de la crevette aux exportations de produits halieutiques chutant néanmoins de 68% à 53% de valeur pendant la même période). En 2012, la quantité de crevettes capturées par la flotte industrielle avoisinait ainsi 3800 tonnes (contre approximativement 9000 tonnes en 2002). En termes sociaux, il es indiqué que la pêche crevettière traditionnelle fait vivre approximativement 95000 personnes au Nord-Ouest de Madagascar, et que la pêche industrielle fournit 1323 emplois directs.
Le GAPCM (Groupement des Aquaculteurs et Pêcheurs de Crevettes de Madagascar) avait déjà initié à deux reprises (en 2003 et 2009) un processus en vue d’une certification MSC et 2 pré évaluations ont été effectuées. A l’époque, les principaux problèmes et obstacles à la certification étaient 1) l’absence de suivi, contrôle et surveillance des pêches traditionnelles, 2) la non sélectivité des pêches traditionnelles, 3) le manque de données sur les stocks de crevettes, 4) le manque de données sur les captures accessoires et l’impact écologique de la pêcherie, et 5) l’incertitude concernant l’avenir et les orientations de recherche du PNRC.
En novembre 2014, le GAPCM, le Ministère des Ressources Halieutiques et de la Pêche (MRHP), et le World Wide Fund for Nature (WWF), ont signé un Protocole d’Accord pour la réalisation d’un Projet d’Amélioration de la Pêche industrielle crevettière à Madagascar . Les trois parties ont contracté un cabinet de consultance pour mettre en œuvre les premières étapes de ce projet, à savoir le développement d’une proposition de FIP, incluant un document de cadrage et un projet de plan d’action. Une consultation des parties prenantes est actuellement en cours afin de finaliser ces documents, et se terminera par atelier de consultation nationale qui se déroulera fin début mai 2015.