Vacances scolaires : pas pour les enfants des pauvres
- Détails
- Catégorie : La Une
- Publication : mercredi 10 août 2016 06:00
Depuis la « révolution nationale socialiste démocratique » sous le régime Arema, les familles démunies sont privées de vacances. Ce qui a, à bien des égards, pour conséquences de porter atteinte l’unité nationale. En effet, les contacts entre les enfants des Haute-Plateaux et ceux des Côtes ont été considérablement réduits. Heureusement, des infrastructures routières et la multiplication des taxis-brousse à destination des provinces ont commencé à cette époque. Trois décennies plus tard, les inégalités entre familles aisées entre familles pauvres se sont creusées.
De nos jours, les vacances seront suivies rapidement par les dépenses pour la rentrée scolaire. Déjà que bon nombre de parents font des pieds et des mains pour les fournitures et les frais d’inscription ou de réinscription, les vacances pour les enfants ne figurent nulle part ailleurs sur leur agenda. Or, elles sont bénéfiques aux enfants, elles vont doper leur énergie et leur mental pour affronter la rentrée. Toutefois, elles coûtent très chères et ne sont pas du tout à la portée des ménages pauvres. Ces derniers n’ont pas de quoi payer, rien que les frais de transport. Le trajet Tana-Antsirabe coûte, par exemple, 10 000 Ar, alors que le revenu des foyers pauvres n’atteint même pas 6 000 Ar par jour, si l’on se réfère au seuil international de la pauvreté.
Il est révolu le temps où de nombreuses familles envoient leurs enfants passer des vacances dans leur village d’origine ou chez des parents. Elles n’avaient qu’à payer les frais de transport, alors que l’hébergement et la nourriture étaient assurés par les hôtes sur place. Même pour des destinations non éloignées, il faut compter à partir de 2 000 Ar pour le déplacement pour l’aller simple. Un montant qu’un ménage pourrait économiser pour des dépenses plus prioritaires comme la nourriture.
Quant aux vacances organisées, quelques entités en proposent. Si quelques unes présentent des offres relativement intéresantes en matière de rapport qualité/prix (à partir de 200 000 Ar pour un séjour de quelques jours), elles continuent à ne pas être à la portée des foyers pauvres. L’impossibilité de partir en vacances concerne tout aussi bien les enfants des villes que des campagnes. Ainsi, nombreux sont les enfants et adolescents à devoir rester dans leur localité de résidence et ce, durant toutes leurs années scolaires et toute l’année. C’est pourquoi ils sont une multitude à ne pas avoir eu l’opportunité de visiter la capitale et même leur chef-lieu de district. Quant aux enfants des hautes terres et éloignés des côtes, ils sont nombreux à ne pas encore avoir eu l’occasion de voir la mer de leurs propres yeux. Les Malagasy sont pourtant censés vivre sur une île ! Ces enfants et adolescents ne peuvent donc ni acquérir de nouvelles expériences, ni faire la connaissance de nouveaux visages, de nouveaux paysages… C’est pourtant connu : le voyage forme, surtout les jeunes esprits.
Mais même en cas de nécessité absolue comme la maladie grave ou le décès d’un proche habitant au loin, il ne peut pas figurer sur la liste des dépenses de nombreux ménages. Certes, les destinations de vacances connues comme Mahajanga, Foulepointe, Morondava grouillent de vacanciers en cette période, mais l’affluence est loin d’être similaire à celle des années d’avant-crise. On se souvient qu’à cette époque, la réservation de chambres au niveau de ces villes était un parcours du combattant, surtout si l’on s’y prenait un peu tardivement. Mais entre-temps, des foyers moins pauvres ont dû basculer dans la pauvreté et c’est ce qui a changé la donne. Car outre les frais de transport, les dépenses pour la nourriture augmentent considérablement. Il en est de même pour les loisirs, sans oublier les « voan-dalana » ou les cadeaux de voyage pour les parents et amis. Bref, les enfants des pauvres ne connaissent pas la joie des vacances, alors que les dirigeants se plaisent dans de nombreux voyages à l’étranger et ce, aux frais des… contribuables.
Fanjanarivo