Affaire Alain Ramaroson : déni de secret de l’instruction ?

Surprise pour le grand public en voyant le procureur général près la Cour d’appel, Randrianasolo Jacques, organiser une conférence de presse et évoquer les tenants et aboutissants de l’affaire Alain Ramaroson. Rappelons que ce  dernier, opposant notoire, a été interpellé et placé en détention, suite à une plainte pour faux et usage de faux. Très à l’aise devant les journalistes et doté d’un sens certain de la communication, Randrianasolo Jacques a comblé la presse par son exposé complet et détaillé. L’homme a notamment mentionné l’existence d’un testament qui semble donner raison à l’accusé. Dans la même foulée, le procureur général a brossé un aperçu de la famille Ramaroson, déchirée par une transmission d’héritage qui lèse les uns et avantage les autres. Du coup, beaucoup se sont demandé si ce magistrat volubile n’a pas enfreint le secret de l’instruction, mais aussi le traditionnel devoir de réserve.

En fait, il semble qu’en haut lieu, on ait lâché la brise au procureur général afin qu’il éclaire l’opinion sur l’affaire Ramaroson. Il n’y a rien d’étonnant à cela car ce magistrat du ministère public est soumis aux sollicitations de sa hiérarchie (par exemple le ministère de la Justice), alors que les magistrats du siège bénéficient d’une indépendance garantie par la Constitution. Apparemment, Randrianasolo Jacques avait pour tâche de démontrer qu’Alain Ramaroson n’a pas été arrêté suite à une consigne discrète du régime. Selon l’opinion publique, en effet, le leader de l’opposition a été mis à l’ombre afin qu’il ne constitue pas une menace pour la paix publique. Surtout dans la conjoncture actuelle où les opposants s’agitent et projettent des descentes dans la rue.

Le régime, suffisamment impopulaire, ne veut pas qu’on lui mette sur le dos une arrestation d’opposant qui ne relève pas de son initiative. D’où la prestation du procureur général qui, pour faire bonne mesure, a  même fortement donné l’impression de pencher du côté d’Alain Ramaroson. Bref, Randrianasolo Jacques a disculpé le régime, soulignant que l’incarcération de l’opposant faisait suite à une plainte déposée par la famille, notamment par le demi-frère André Ramaroson.

Y eut-il entorse à la règle du secret de l’instruction ? En fait, dans les grandes affaires qui accrochent l’intérêt du public, la tendance est de fournir des informations de nature judiciaire afin de couper court aux rumeurs. La mission dans ce cas est confiée aux procureurs qui dirigent les poursuites, et disposent donc d’une vue panoramique sur les affaires traitées dans leur circonscription. On le voit bien d’ailleurs dans les affaires de terrorisme qui secouent actuellement la France. C’est, en effet, le procureur François Molins qui se présente devant les journalistes quelques heures après les attentats, révélant l’identité des auteurs, évoquant le fruit des perquisitions et envisageant les différentes pistes. Bref, ce qui relevait hier encore du secret de l’instruction est aujourd’hui étalé au grand jour. La tendance est actuellement à la «com» pour répondre aux questions muettes d’un grand public intéressé ou inquiet.

Bref, la magistrature malgache a pris le même virage et on ne peut que s’en féliciter au nom de la transparence. Maintenant, on souhaite qu’au-delà d’Alain Ramaroson, le nouveau procédé touche aussi d’autres affaires qui laissent le public sur sa faim. Sans remonter jusqu’à Nadine Ramaroson qui est de la famille de l’opposant interné, on pense au kidnapping d’Arnaud et d’Annie, au cas du colonel et sénateur Lylison René et à l’attentat à la grenade du 26 juin.

A. R.