Eglise catholique - régime: Les relations se dégradent…
Tension de plus en plus vive entre l’Eglise catholique et le régime Rajaonarimampianina. Lors de la conférence épiscopale de mai dernier, l’assemblée des évêques catholiques s’était déjà montrée particulièrement critique à l’endroit du régime. La « lettre » publiée à cette occasion a tiré à boulets rouges sur les phénomènes en expansion, comme l’insécurité, la corruption et la pauvreté. Le fossé s’est davantage creusé à la faveur de l’épisode Soamahamanina, le clergé catholique ayant en juillet dernier dénoncé l’accaparement des terres des paysans commis par une entreprise minière chinoise. L’offensive catholique s’est poursuivie avec la convocation d’une conférence épiscopale « extraordinaire » la semaine dernière, assises qui ont sorti des expressions particulièrement dures comme « Le peuple en a assez ! » ou « Le pays est malade et est même à l’agonie ». Jamais les rapports entre le régime et l’Eglise catholique n’ont connu un froid d’une telle intensité.
Face à cette offensive mordante, c’est l’incompréhension du côté du palais d’Iavoloha. Car, dès sa prise de fonction en janvier 2014, le président Rajaonarimampianina a multiplié les gestes destinés à bien disposer l’Eglise catholique. Sa première sortie hors de la capitale fut d’assister à Antsiranana à l’intronisation du nouvel archevêque local, Mgr Benjamin Ramaroson, nommé peu avant par le Vatican. Peu après, en juin 2014, il s’est rendu (en compagnie de sa famille) au Vatican, en Italie, où il fut reçu par le pape François. On chuchote qu’à cette occasion, il a plaidé pour la désignation d’un cardinal, Madagascar en étant privé depuis le décès en 2010 de Mgr Armand Gaétan Razafindratandra.
Si la démarche avait abouti, Hery Rajaonarimampianina aurait été l’objet d’une reconnaissance éternelle de la part de la communauté catholique de l’île. Il n’en est rien, car jusqu’à maintenant, la nomination d’un cardinal malgache est toujours du domaine des espérances… Pour toutes ces raisons, le palais est en proie au désarroi face aux assauts répétés de l’Eglise catholique.
Mais comme on le constate, le régime se garde de verser dans la surenchère et de répliquer aux piques des catholiques. Ayant notamment en vue l’élection présidentielle de 2018, il cherche à éviter une collision frontale avec une Eglise qui compte environ sept millions de fidèles (effectif équivalant à peu près au nombre des électeurs inscrits) et adopte même un profil bas. Il s’attache même à ménager la religion romaine afin de ne pas fermer la porte à une réconciliation.
Invité officiellement à la cérémonie du 20ème anniversaire de l’association religieuse Apokalypsy, samedi dernier au Coliséum d’Antsonjombe, Hery Rajaonarimampianina s’est finalement désisté et s’est fait remplacer. Depuis une semaine pourtant, le service de la sécurité présidentielle a étudié avec soin la venue du chef de l’Etat au culte… Apokalypsy érige l’Eglise catholique en ennemie, la traitant de démoniaque et raillant publiquement l’accoutrement des prêtres. Faire honneur au culte d’Antsonjombe, c’était prendre parti pour Apokalypsy et adresser une déclaration de guerre à l’Eglise catholique. Bref, face à la religion romaine, Hery Rajaonarima-
mpianina se garde de rendre les coups et fait le mort. Jusqu’à quand ? On chuchote que lors du grand synode de l’Eglise de Jésus Christ à Madagascar (FJKM), la sienne, qui s’ouvre jeudi à Antsirabe, il s’adressera aux Eglises et sectes. Entouré des siens à cette occasion, il osera peut-être riposter aux attaques des catholiques.
A. R.