Consommation de viande: Les fêtes, loin d’être une exception !
5kg/habitant/an. C’est la consommation de viande, de toutes origines confondues, d’après les données du Réseau des observatoires ruraux (ROR). Et les fêtes, même celles de fin d’année, ne changent rien à cette très faible consommation. Et pour cause ! La dinde qui faisait pourtant le menu principal des fêtes de la plupart des ménages jusque dans les années 90 et 2000, n’est plus du tout à la portée des foyers malagasy.
A 120 000 Ar la pièce sur le marché de la capitale, cette volaille coûte les yeux de la tête. Ce prix, c’est l’équivalent de 20 jours de revenu pour un pauvre. Faut-il donc que les 92% ou environ 21 160 000 Malagasy sur les 23 000 000 se privent de tout et même de nourriture pendant 20 jours pour s’acheter une dinde ? Mais il n’y a pas que cette volaille. Le prix de la viande de bœuf atteint aussi des sommets en s’approchant des 10 000 Ar/kg. Il risque ainsi de s’aligner avec celui de la viande de porc, pourtant la plus prisée en ces fêtes, du moins pour les non musulmans, soit pour 98,9% de la population. En effet, les musulmans sont estimés à 1,1% d’après le centre de recherche américain Pew research center, connu mondialement pour ses statistiques sur la démographie religieuse. Ainsi, les consommateurs s’intéressent un peu plus à la viande de porc qu’à la viande bovine pendant les fêtes. Malgré tout, celle-ci revient quasiment aussi chère que le porc.
Si pendant les fêtes donc, la viande n’est pas à la portée des consommateurs, elle l’est encore plus en temps ordinaire. Voilà pourquoi l’insécurité alimentaire est un problème chronique qui affecte tout autant des vies humaines que la croissance économique du pays. 46% de la population de 8 régions sur 22 souffrent d’insécurité alimentaire dont 12% sont exposées à une situation sévère. Ces données onusiennes de l’année dernière n’évoluent pas de manière positive dans la mesure où le Sud continue à être durement affecté par une situation d’insécurité alimentaire. Et on ne parle pas de ce qui passe entre les mailles des statisticiens. Il n’y a qu’à observer ces enfants et adultes mendiants qui pullulent dans les rues de la capitale et d’autres localités. Pire, des familles entières deviennent mendiantes et bordent des rues passantes de Tanà. Toute cette population ne mange pas à sa faim et même les fêtes n’y changent pas grand-chose. En effet, les dirigeants ne proposent rien de bien concret pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Celle-ci occasionne toutefois de nombreux problèmes. Elle pénalise les enfants en termes de résultats scolaires et de développement cognitif. A terme, la croissance économique du pays en sera compromise.
Ainsi, l’investissement injecté par l’Etat dans l’éducation ne rime à rien si les enfants scolarisés sont sous-alimentés et malnutris. Or, le ministère de l’Education arrive toujours en 2ème position après celui des Finances et du Budget, en termes de part dans le budget public. Si 1 enfant sur 2 continue pourtant à être malnutri, cette allocation budgétaire continuera à être de l’argent jeté par les fenêtres. L’année dernière, seuls 12% des enfants ciblés par le ministère de l’Education ont bénéficié des cantines scolaires. Qu’en est-il des 88%, alors qu’ils font partie intégrante des cibles évoquées plus haut ?
Fanjanarivo