Publié le 26 mars 2020
Il y a 11 ans, réellement jour pour jour ce mercredi 25 mars 2020, une réunion des journalistes malagasy, initiée par le CJD ou Club des Journalistes Doyens, a permis de réunir la somme de 58.600 ariary destinés à trois journalistes blessés dans l’exercice de leur fonction durant les confrontations avec les éléments des forces de l’ordre lors des évènements de 2009. Souvenir en perpétuelle situation… d’actualité dans ce difficile mais passionnant domaine qu’est le journalisme. Le vrai.
C’était le mercredi 25 mars 2009 à la Tranompokonolona d’Analakely qu’a eu lieu cette réunion. Trois éminents membres du CJD était présents : Daniel «Dany Be» Rakotoseheno, reporteur d’images, Moks Razafindramiandra et «Dada» Georges Rakotondrasoava. Depuis, Moks et Dada Georges sont partis au paradis des journalistes. Le premier le 18 juin 2013, le second le 29 mai 2015. Seigneur, tout çà c’est comme si c’était hier…
En fait, cette réunion fut d’abord l’occasion d’effectuer une mise au point sur la nécessité de bien maîtriser ce dur métier de journaliste, surtout en temps de crise. Dada Georges a été clair : « Nous faisons un métier délicat car nous mettons en avant des idées. Malheureusement, cela semble être devenus des idéaux qui tendent à nous diviser. Le premier principe est donc de laver notre linge sale en famille et éviter, dorénavant de médire de nos consœurs et confrères sur la place publique. Particulièrement à la radio et à la télévision. Que chacun de nous y réfléchisse profondément. Notre rôle est d’informer mais aussi d’éduquer toutes les composantes de notre nation. Il faut mériter d’être considéré comme le quatrième pouvoir car de nombreuses personnes jubilent lorsque notre division est flagrante. Notre travail est sacré pour le patriotisme même ».
Effectivement, durant cette crise -pas tout à fait achevée au moment où je rédigeais cet article-, certains journalistes avaient tendance à se mettre à la place des politiciens, voulant jouer à fond la notion de «faiseurs d’opinion». Personnellement, je suis intervenu en rappelant qu’un journaliste professionnel l’est jusqu’à sa mort, tandis que les dirigeants, du chef de quartier (“Sefo Fokontany”) au président de la république (“Filohan’ny Repoblika”), ne seront jamais que de passage. Il importe de ne pas être étiqueté, ce qui est l’image même de l’objectivité. Car, à Madagascar, existe encore des « journalistes » Arema, Tim, Tgv… Certes, chaque citoyen a le droit d’avoir sa tendance personnelle, mais que cela ne se reflète pas dans ses écrits. Personnellement encore, me plaçant en temps que journaliste d’archives historiques, je me mets toujours du côté du grand nombre même s’il a tendance à être amnésique. D’où sûrement ma démarche style “devoir de mémoire”. Ceux qui l’ignorent penseraient donc que je suis le roi du retourne-veste et que j’ai été, tour à tour, journaliste Psd, journaliste Arema, journaliste Tim et, à présent, journaliste Tgv. Tant pis pour eux car mes écrits franchiront l’espace et le temps. Ce qui leur permettra de mieux comprendre ma démarche, bien que trop tard…
Durant la crise politique de 2009, deux «tendances», aussi extrémistes les unes que les autres se dégagaient : les Tim et les Tgv. Néanmoins, les premiers à travers Radio Mada (qui n’a eu aucun représentant durant cette réunion du 25 mars 2009) a versé dans le fanatisme et l’appel au meurtre. Ce qui condamnable par toutes les législations en vigueur dans le monde. Or, elle est devenue Radio Mada International. Et, vu l’engagement profond dans lequel ses « journalistes » se sont engagés, vis-à-vis de Marc Ravalomanana, un rappel à l’ordre sera insuffisant (et jusqu’en cette année 2020 encore). Concernant le groupe Viva, il fallait aussi y mettre un «holà !» car il avait tendance à faire comme le groupe Mbs de feu l’empire Tiko. Ce verrouillage a été corrigé peu de temps après chez Viva. Quelles auront alors été les résolutions de ce 25 mars 2009? Pas grand’chose étant donné que sur 1001 journalistes inscrits à l’Ordre des Journalistes de Madagascar (OJM), à peine 70 étaient présents. Mais d’un commun accord, il s’est avéré urgent de revoir le Code de communication qui gisait dans un tiroir depuis 12 ans; de l’actualiser et de sortir effectivement son décret d’application. Point important dans ce texte : plus de délit de presse ni d’emprisonnement de journaliste mais appel au système d’amende en cas de litige porté devant un tribunal. Car, jusqu’à aujourd’hui, il n’existe aucun organe de sanction pour les journalistes à Madagascar.
Dans le domaine de la réconciliation journalistique, il a été décidé de venir en aide aux trois journalistes blessés durant cette crise. Il s’agissait de Kelly, photographe de “Midi Madagasikara”, qui a eu la clavicule brisée le 7 février 2009 devant le palais d’Ambohitsorohitra ; Christian Rivo, alors rédacteur en chef de “Madagascar Tribune” papier, et Yves de “Gazetiko” salement tabassés devant le stade de Mahamasina. Lors de la quête, la somme de 58.600 Ariary a été réunie qui a été partagée entre ces trois confrères. La remise de cette somme s’est faite le samedi 27 mars 2009 en leur domicile.
Pour en revenir au Code de communication qui trainait, en 2009 donc, dans un tiroir depuis 12 ans, il aura fallu traverser deux étapes pour qu’une vraie loi le concernant voit enfin le jour. Rappels.
Dans un premier temps, jugé “liberticide” à l’unanimité de l’ensemble des journalistes d’ici et d’ailleurs, ce code de la communication avait été validé par la Haute cour constitutionnelle (HCC) et votée les yeux fermés à l’Assemblée nationale en 2016. Pour la seconde étape, il aura fallu encore attendre 3 ans et un nouveau régime pour que soit votée, après débats, la loi n°004-2019 du 02 octobre 2019 portant modification de certaines dispositions de la loi 2016-029 du 14 juillet 2016 portant Code de la communication médiatisée. Ouf ! La perfection n’étant pas de ce monde, on trouvera toujours à redire sur cette nouvelle loi. Mais si chaque journaliste la respecte et se respecte, que demande le peuple sinon des informations fiables aux antipodes des “tsaho” et des “fake news” qui polluent la planète pour on-sait-trop quelles raisons ? Un domaine tout autre qui mérite tout un dossier, n’est-ce pas?
Jeannot Ramambazafy