Publié le 16 avril 2020
Alors que certains s’excitent sur les 166 millions de dollars alloués par le FMI au titre de la facilité de crédit rapide (FCR), le ministre de l’Economie et des Finances, Richard Randriamandrato, nous présente un total d’un peu plus de 444 milliards d’aides internationales réunies jusqu’à présent par Madagascar pour lutter contre le Coronavirus. C’était hier à Antaninarenina au cours d’une interview exclusive.

La Gazette de la Grande Ile (LDGI) : Madagascar fait partie des 25 pays à qui le FMI a décidé d’alléger le service de la dette. Pourriez-vous apporter un peu plus de détails?
Richard Randriamandrato (RR) : tous les ans, les pays ayant contracté des dettes auprès du FMI, la Banque Mondiale, les pays bilatéraux paient au service de la dette qui est le remboursement d’une partie de la dette en capital et en intérêts. La DG du FMI, Mme Kristalina Georgieva, qui a annoncé cette décision du Conseil d’administration explique que cette mesure entre dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Les impacts de cette pandémie sont très graves économiquement. Notre taux de croissance est par exemple ramené à 1,5% contre 5,5% au début de l’année. Nos recettes douanières et fiscales ne seraient plus que d’environ 5000 milliards ariary contre des prévisions de 7036 milliards pour l’année en cours. Le ralentissement économique aura un impact sur notre plan émergence Madagascar et les investissements. Grâce toutefois à l’aide du FMI, nous pouvons équilibrer notre balance de paiements. Il faut remarquer que cet allègement de la dette entre en droite ligne de l’appel du Président de la Banque mondiale et du Pape pour l’annulation de la dette des pays pauvres. Nous sommes en train de faire une demande dans ce sens au FMI. Si celui-ci accepte, tous les créanciers devraient suivre la même décision d’annulation de dette. Hier, la Chine qui a déjà effacé une partie de notre dette m’a appelé pour m’informer de sa volonté de suivre ce chemin d’annulation de dette.
LDGI : A combien se chiffrerait donc le total des allocations du FMI en y ajoutant cet allègement?
R.R.: la décision du FMI porte sur 6 mois mais peut s’étendre sur 2 ans et comme je l’ai annoncé, on espère un effacement. En tout cas. Il ne faut pas voir que les financements du FMI car jusqu’à présent Madagascar a pu bénéficier jusqu’à présent un total de 444,10 millions de dollars d’aides extérieures pour lutter contre le Coronavirus. Ces financements ont été alloués par la Banque mondiale, le FMI, la BAD, la BADEA, l’Union Européenne, le Japon, la France (AFF), la Russie.
LDGI : à quoi sont destinés ces financements?
R.R.: ils ont chacun leur destination précise. Par exemple, pour le budget de l’Etat, l’acquisition de matériels tels que les respirateurs, les tentes, les paiements des transferts non conditionnels pour les ménages, aides à la balance des paiements….
LDGI : la société civile mais aussi des politiciens exigent la transparence pour l’utilisation de ces fonds. Qu’en pensez-vous?
R.R.: est-ce de la provocation ou de l’ignorance? On sait tous que les bailleurs de fonds accordent un intérêt particulier sur l’utilisation des fonds qu’ils allouent d’où l’institution d’un système de contrôle très performant. On est par exemple en contact permanent avec la Banque mondiale et la BAD sur l’évolution des projets. Le problème chez nous c’est notre comportement: quand on est en période électorale, tout le monde se dit spécialiste en Constitution, quand les Barea jouent, chacun veut être coach. L’important est pourtant la gestion et la répartition des tâches. Que chacun joue son rôle et remplisse convenablement ses fonctions. Que la société civile s’occupe de l’éducation des citoyens !
LDGI : le combat contre le Covid 19 ne prévoit-il pas une sortie de crise sur le plan économique ?
R.R.: Si bien sûr et c’est primordial. Qui dit relance économique dit implication de l’Etat, c’est à dire interventionnisme. L’Etat a le devoir de poursuivre les investissements et réaliser des dépenses ciblées dans le cadre du programme émergence. Il faut par exemple réaliser l’usine pharmaceutique annoncée par le Chef de l’Etat, c’est indispensable pour le pays. Il faut acheter des équipements, des engins, des camions… On a déjà le SPM qui doit être utilisé pour les carburants et les PPN, structure étatique déjà existante ailleurs pour ne parler que Maurice, il ne faut pas oublier qu’on ne fait pas seulement faire face aux impacts du Coronavirus mais qu’on doit également face aux dégâts causés par les inondations. Outre les investissements cités précédemment pour les infrastructures, il faut penser à l’agriculture, l’élevage et les huiles essentielles qui sont des secteurs porteurs, le tourisme devant prendre du temps pour reprendre. Qui dit relance économique dit aussi redynamisation du secteur privé. Nous sommes en train de discuter avec nos partenaires et financiers les moyens d’assurer cette relance. On est par exemple en train de créer un fonds “oxygène” destiné à aider les opérateurs investissant dans ces secteurs porteurs. On réunira nos amis bailleurs mais aussi des financements qui ne sont jamais intervenus à Madagascar comme Africa 50, Trade Development Bank, AFC…
Propos recueillis par Sa (Lire en page 9 le communiqué du ministère)