Publié le 18 octobre 2019
C’était le jour le plus long pour le personnel, les dirigeants d’Air Madagascar et tous ceux qui font de la compagnie aérienne nationale un des symboles forts de la Grande Ile. A la fin d’une longue attente, le verdict du Tribunal de commerce de Paris est tombé : Air France est bel et bien propriétaire des 2 Airbus A340 exploités par Air Madagascar depuis 2012 et que la compagnie aérienne malgache doit payer plus d’une quarantaine de millions d’euros pour entrer en possession des deux appareils.
A tort ou à raison, nombre de techniciens et d’observateurs que la décision entre dans le cadre d’une manœuvre de la France pour contrôler le secteur aérien de Madagascar. Ravinala Airports et ses manœuvres en disent long. Suivez l’article.
La Gazette
Les investisseurs étrangers sont accueillis à bras ouverts car, à l’évidence, l’Etat ne peut pas assumer seul tous les projets nécessaires au décollage économique. Toutefois, le libéralisme ne doit pas se faire au détriment des intérêts nationaux. Avec Ravinala Airports, on assiste à un renouveau du néocolonialisme triomphant. Avant de développer ce point, il convient de rappeler la chronologie des faits. Le 9 juillet 2015, durant le mandat de Hery Rajaonarimampianina, après un appel d’offres grossièrement truqué au préjudice du groupe chinois Affec (maison-mère de Sogecoa), la concession des aéroports inter-
nationaux d’Antananarivo et Nosy-Be a été attribuée au consortium français composé des sociétés Aéroports De Paris-Bouygues-Colas-Meridiam. Cette concession a été approuvée par décret le 4 novembre 2015. Ce consortium, dont la dénomination s’est muée en société Ravinala Airports, s’était engagé à entamer rapidement des travaux aéroportuaires qui devaient être achevés en huit mois pour le Sommet de la Francophonie. L’objectif n’a pas été atteint car la mise en place du financement a connu des ratés, en raison d’un manque de garanties de remboursement. Après avoir touché de confortables commissions, les responsables politiques malgaches de l’époque (en particulier Hery Rajaonarimampianina, Henri Rabary-Njaka, James Andrianalisoa et Hugues Ratsiferana) n’ont pas cru bon de faire le forcing. Forte de ses relations étroites avec l’ancien régime, la société Ravinala Airports s’est crue et s’estime toujours en terrain conquis. Elle n’entend pas se limiter à la réhabilitation des infrastructures aéroportuaires. Elle souhaite accaparer toutes les activités extra-aéronautiques et donc tous les marchés. Pour cela, elle use et abuse de tous les stratagèmes pour privilégier les copains, comme le démontre sa récente mainmise sur le Duty Free. En 2018, la société Ravinala Airport a lancé un appel d’offres pour les Duty Free Shops (DFS). L’offre de Sofitrans (filiale d’Air Madagascar) qui était pourtant la plus favorable a été rejetée en octobre 2018, en dépit de son partenariat avec le très solide groupe Lagardère Travel Retail et le groupe Vima. Les dessous pervers du rejet de cette offre sont à présent connus. Le marché des DFS a été attribué à un groupement composé de la société suisse Dufry (actionnaire majoritaire) et de personnalités déjà établies à Madagascar, notamment Patrick Pisal, Moritz, Christophe Dabezies et Talounis Panayote qui se sont regroupés au sein d’une société commune. L’attribution de ce marché présente de nombreuses irrégularités graves. D’une part, le groupement n’a aucune existence légale. D’autre part, le Code des Marchés Publics et le contrat de concession ont été violés à maintes reprises. D’autre part, la société suisse Dufry fait l’objet de nombreuses controverses. Patrick Collard, le Directeur Général de Ravinala Airports qui se prend pour le roi de l’aéronautique à Madagascar, devra s’expliquer auprès de l’ARMP (Autorité de Régulation des Marchés Publics), de la CNM (Commission Nationale des Marchés) et éventuellement du Bianco (Bureau Indépendant Anti-corruption). Gageons que l’Etat sera capable de remettre en cause les pouvoirs exorbitants octroyés à la société Ravinala Airports à la suite d’un contrat de concession entaché de corruption. En attendant, la société Sofitrans se retrouve au bord de la faillite et ses employés menacés de chômage haussent le ton. Nous en reparlerons abondamment.
R. Lola et Folojaona