Télévision malgache: Rackettée par son ministre ?
Détournements de recettes publicitaires, passe-droit collectés sur les invités des émissions phares, combine avec des producteurs... " On pensait avoir tout vu", lâche ce fonctionnaire de l'ORTM (Office de la radio et télévision malagasy). A la veille de la retraite, il pense rejoindre ses jeunes collègues pour porter plainte contre son ministre et son directeur de cabinet.
A Anosy, au siège de la radio et télévision nationales, c'est le ras-le-bol contre Njato et Nivo, deux anciens collègues qui sont revenus au bercail lors de l'accession au pouvoir de Hery Rajaonarimampianina pour animer une émission radiophonique, destinée essentiellement à contrer celle de Pierre Houlder et Maurice Tsihiavonana sur radio Viva d’Andry Rajoelina, devenu ennemi du nouveau président. Maurice Tsihiavonana ayant préféré rejoindre son poste de vice-conseil à Marseille, l'émission critique contre le régime cessa et Njato et son compère Nivo se trouvent récompensés à la tête du ministère de la Communication, le premier en tant que ministre et le second, son directeur de cabinet.
A croire leurs anciens confrères, les deux inséparables amis se font aujourd'hui grassement récompenser. On les accuse d'ailleurs de faire un véritable hold-up. Sitôt leur nomination, Vonison Andrianjato et Nivoarivony Ratiarison, auraient exigé de l'ORTM le versement de 2 millions d'ariary à chacun d'eux. A qui veut l'entendre, cette enveloppe serait destinée à "contribuer au financement de fonctionnement de la… Présidence de la République et du HVM”. Le montant de "l'écolage" aurait augmenté au fil des mois pour atteindre des sommes faramineuses à tel point que l'ORTM s'achemine vers la faillite.
Le refus de se conformer à ce racket en règle serait d'ailleurs la raison principale du limogeage de Ruphin Rakotomaharo du poste de directeur général de l'ORTM. Ce grand professionnel était pourtant de la même équipe que Vonison Andrianjato, Gilbert Raharizatovo, feu Seth Ratovoarison qui ont redonné sa crédibilité à la radio nationale au lendemain de la période socialiste. Mais ce professionnalisme, le ministre Andrianjato semble l'oublier.
Ce serait d'ailleurs le même refus de se plier aux combines que le directeur de TVM a été limogé sans aucun remplaçant jusqu'à présent, l'intérim étant assuré par... le directeur de cabinet, Nivo Ratiarison. En plus des rackets, le ministre et son alter ego auraient mis en place tout un système pour contrôler les finances de l'ORTM. M. Andrianjato aurait ainsi nommé sa propre nièce comme directrice administrative et financière de cet organisme. Dans la foulée, une autre nièce et un neveu auraient été recrutés comme commerciaux de l'ORTM. Et comme la lutte contre le chômage commence par soi-même, un autre neveu aurait été choisi pour animer l'émission matinale "Mazava atsinanana".
Cette émission remplace celle intitulée "télé matin" qui a été produite par la société ES Média en collaboration avec l'ORTM. Alors que le contrat de production est toujours en cours, le ministre ordonne de le suspendre. L'émission est remplacée sans qu'un contrat avec un autre producteur ait été signé. En clair, aucune recette publicitaire ne serait plus reversée à l'ORTM.
"On n'a jamais vu pareil à TVM", ajoute le vieux fonctionnaire avec un sourire moqueur. Lui qui connaît très bien le couple Njato-Nivo n'est pas d'ailleurs étonné de ce "nouveau coup". Le précédent est le contrat signé avec la société CIOA ( Centre international d'opportunités d'affaires) pour la construction de 700 logements, destinés aux agents du ministère de la Communication et de ses démembrements. Le contrat a été signé, "au nom de l'Etat malgache", par le ministre et son directeur de cabinet trois mois a peine après leur nomination. Coût de l'opération 10 millions euros qui ont été annoncés financés par une banque locale. Celle-ci nous dit cependant ne rien connaître du programme qui devrait démarrer depuis le dernier trimestre de l'année dernière.
En fait, les termes du contrat sont bizarres. Parmi les obligations de l'Etat malgache figure la facilitation des démarches du CIOA en vue de l'obtention de financement à l'intérieur et à l'international. Par ailleurs, " CIOA s'engage à contribuer à hauteur de 50% du programme et l'Etat malgache s'engage à lui trouver une juste compensation proportionnelle à sa contribution".
En tout cas, il n'est pas normal que pour un tel projet que ce n'est pas le ministre chargé de l'Aménagement du Territoire et des Projets présidentiels qui ait signé le contrat au nom de l'Etat malgache. Pareillement, la Seimad aurait bien pu réaliser ledit projet.
Lumière sera certainement faite par les enquêtes sur toutes ces affaires, si les plaintes que les victimes comptent déposer ne connaîtront pas une fin de non-recevoir.
Salomon Ravelontsalama