Avalanche de révélations ces derniers jours sur les actes de corruption et de malversation qui prévalent dans les hautes sphères. Pour la première fois, hier, une instance officielle s’est déclarée « émue », a décidé de se saisir elle-même et voudrait engager des investigations. Il s’agit du Samifin (service de renseignement financier qui lutte contre le blanchiment d’argent), par la bouche de son nouveau directeur général, Boto Lamina Tsaradia. Ce dernier voudrait vérifier les accusations, selon lesquelles des personnalités ont versé de grosses sommes (dites écolages) pour décrocher un poste de ministre. Si le fait est attesté, il voudrait déterminer la qualification de l’infraction : corruption ou blanchiment d’argent. Le reste de l’opération est noyé dans le vague, d’autant que selon ce directeur général, le Samifin est en train d’élaborer un nouveau texte sur la structure, le fonctionnement et le règlement intérieur de l’institution. Bref, si l’infraction est établie, l’opération pourrait se terminer en queue de poisson…

Les velléités du Samifin font sourire. Car on mesure la difficulté de la tâche, ou même l’impossibilité de mener à terme les enquêtes. S’il y a eu paiement d’écolage, l’opération a certainement pris la forme d’une remise en main propre ( !). En effet, un virement bancaire ou un transfert en ligne pouvant laisser des traces, les « contrevenants » ont certainement opté pour une opération qui ne peut être mise en évidence. De cette manière, l’identité du donateur ne peut être percée et le transfert de fonds ne peut être prouvé.

Bref, les investigations du Samifin ont toutes les chances de se heurter à un mur. Pourtant, les ministres récemment nommés dans le gouvernement ont un profil de payeurs de « frais de scolarité ». Il y eut, en effet, 19 reconduits, c’est-à-dire de ministres qui ont derrière eux un ou deux ans de gouvernement (voire plus) et qui ont donc eu le temps de se constituer une confortable cagnotte. Puis six « chevaux de retour » (anciens ministres rappelés dans le gouvernement) qui, en leur temps, ont amassé un trésor de guerre à toutes fins utiles… Et enfin sept nouveaux, en général de très hauts fonctionnaires, des députés et des opérateurs économiques qui roulent eux aussi sur l’or. Bref, ceux nommés dans le gouvernement ont de quoi voir venir et sont loin d’être dans le besoin…

En tout cas, il n’est pas sûr que le nouveau directeur général de Samifin, mène un combat à mort contre la corruption et le blanchiment. Car nommé par le président de la République, en conseil des ministres, il est redevable de sa situation enviable à une personnalité qui est l’objet de suspicions dans les affaires divulguées ces dernières semaines. On le voit mal incriminer un exécutif auquel il doit tout. L’homme vient d’ailleurs directement du Bianco, une institution qui n’est pas un exemple de réussite et de punch dans le combat contre la corruption. Et comme l’écolage est un procédé solidement installé dans les hautes sphères, ce directeur général doit peut-être aussi sa récente promotion à l’envoi d’une grosse enveloppe au palais présidentiel…

Bref, le bakchich, le pot-de-vin et autres pourboires étant omniprésents en haut lieu, où qu’on aille, on se heurte toujours à cette « institution». Raison pour laquelle beaucoup ne croient plus en ce régime et n’attendent plus rien de lui.

            A. R.