La Gazette de la grande ile

Patriotisme à l’école : Initiative … inutile

Publié le 08 mai 2019

A-t-on besoin d’enseigner aux élèves le lever des couleurs ? En tout cas le régime s’y met et a même érigé l’opération en « projet gouvernemental ». Démarrage lundi dernier à l’Epp Vohibola, lors d’une cérémonie dirigée par les ministres Félicitée Rejo-Fienena (intérim Education nationale), Lalatiana Rakotondrazafy (Communication et Culture) et le général Richard Ravalomanana (Gendarmerie nationale). Ce groupe a traîné dans la cour de l’école un détachement militaire pour servir de modèle aux élèves. Première leçon : les élèves rassemblés et en rang face au drapeau, dans une attitude respectueuse. Deuxième leçon : le drapeau parvenu au sommet du mât, l’assistance au garde-à-vous entonne l’hymne national avec un ton de ferveur patriotique. Troisième leçon dans les discours des officiels qui font part du projet officiel dénommé «Education pour des citoyens de valeur qui expriment le patriotisme par le biais du lever des couleurs ». Leitmotiv : le sens du hissage du drapeau est de plus en plus perdu, et l’opération devrait redresser ce tort et réinsuffler le patriotisme.

Les élèves ont certainement souri face à ces « donneurs de leçon » à qui ils n’ont rien demandé. Car depuis cinquante ans et même plus, le lever des couleurs est obligatoirement pratiqué dans la cour des établissements scolaires de l’île, publics ou privés. Le drapeau hissé le lundi est ramené le vendredi, et pour honorer les couleurs nationales, les élèves sont tenus ces jours-là d’arborer un uniforme approprié : pantalon (ou jupe) noir et chemise blanche. Dans certains établissements, la cravate est même de rigueur. La cérémonie de lever des couleurs se fait d’une manière impeccable, avec les élèves, les enseignants et les administratifs unis dans le même sentiment de ferveur patriotique. Et depuis une quinzaine d’années, l’hymne national est intégralement entonné avec ses trois couplets. L’enseignement du civisme d’ailleurs a été rétabli à l’école et est même présent dans plusieurs matières. Que demander de plus et que veulent y ajouter les gros bonnets du régime ? On ne le sait. En tout cas, l’opération est certainement créditée d’un gros budget qui terminera son trajet dans on ne sait quelles poches. Une initiative inutile en tous cas car on apprend aux élèves une démarche qu’ils maîtrisent déjà. L’acte d’apprentissage dans les écoles devrait d’ailleurs être laissé aux enseignants qui ont été formés à cette fin, et non par exemple aux militaires. Ces temps-ci, le régime se fourvoie dans les écoles dans des opérations inutiles. « Tagnamaro » s’y porte pour nettoyer la cour et les salles, récurer les tables-bancs et repeindre les tableaux noirs, alors que lors des Journées des Ecoles instituées en février, les élèves et les enseignants exécutent déjà les mêmes tâches. L’opération « Lever des couleurs » prétend y apprendre une démarche qui est déjà réalisée à la perfection. Le régime commet une grossière erreur d’appréciation : celle de croire que le hissage du drapeau est mal exécuté ou n’est pas exécuté du tout dans les écoles.

Il est vrai que les gros bonnets du régime, à commencer par son chef Andry Rajoelina, ne versent pas leurs rejetons dans les établissements malgaches, mais les inscrivent dans les écoles du système français, voire en France (système qui ne pratique pas le hissage du drapeau). On s’inquiète déjà quand à la manière avec laquelle ils vont reformer complètement l’enseignement malgache, conformément aux promesses électorales d’Andry Rajoelina. Car ce sont des gens qui méconnaissent les réalités de l’éducation nationale qui entendent y apporter des bouleversements. Avec ce régime qui fait irruption à tort et à travers dans les établissements scolaires, on craint surtout que c’est la bêtise qui fasse …école.

Adelson RAZAFY

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