La Gazette de la grande ile

Refonte du code minier : « Ne nous précipitons pas », appelle Hugues Rajaonson

Publié le 16 mars 2020

Non, il n’existe pas de spécialiste en économie minière à Madagascar. Hugues Rajaonson, économiste professeur d’université nous l’a malheureusement confirmé ce week-end au cours d’un entretien sur le secteur minier. M. Rajaonson reste,en effet, le seul économiste du pays intéressé à ce secteur et suit d’ailleurs en permanence tous les changements apportés par l’administration et l’évolution des marchés mondiaux. Il a depuis averti nos politiciens sur les dangers présentés par les projets de changement du code minier à chaque nouveau gouvernement. Aujourd’hui où l’on tente d’imaginer un nouveau code minier pour une adoption prévue en juin, Hugues Rajaonson développe un véritable résumé de cours de politique économique pour que le pays se dote d’une bonne loi répondant aux attentes de la population et pérenne comme le souhaitent les investisseurs.

La Gazette de la Grande Ile :Vous êtes de nouveau contre un changement du code minier qui veut offrir au pays des recettes fiscales plus importantes, pourquoi ?

Hugues Rajaonson : Il est tout à fait légitime qu’on veut faire bénéficier au maximum le pays de ses ressources mais pour cela, je le dis et le réitère : ne nous précipitons pas. Il nous faut une bonne loi et pour cela prenons le temps de réfléchir et respectons le processus normal exigé par une vraie gouvernance des ressources minières. Commençons par réfléchir sur une politique minière qui réponde à différentes questions: « qu’espérons-nous d’un développement du secteur minier ? », « de quelle manière allons-nous concrétiser l’optimisation de l’exploitation de nos stocks de ressources minières ? avec qui voulons-nous exploiter nos ressources : investissements locaux et/ou étrangers ? C’est seulement après que nous allons élaborer une loi qui nous permettrait d’atteindre l’objectif de développement soutenable et inclusif reposant sur une croissance économique des différentes filières du secteur mine.

LDGI : L’actuel code n’a-t-il pas suivi ce processus ?

H.R. : Qui sait si c’est ce processus scientifique qui fait défaut qu’on veuille changer le code tous les 5 ans. Il n`y a pas longtemps, en effet, il y eu une tentative et voilà qu`en moins de 5 ans, nous voulons de nouveau changer cette loi. C`est trop fréquent, et cela devient un message dissuasif pour les investisseurs sérieux dont nous avons besoin. Un investisseur sérieux, avec des coûts souvent bien plus lourds que la moyenne, serait effrayé par les incertitudes des changements trop fréquents de la législation.

LDGI : Concrètement, comment devrions-nous procéder ?

H.R. : Dans les mines, il n’y a pas que la prospection, la production et la transformations. En plus de ces activités, il y a le transport et la valorisation des produits bruts …. Les objectifs du gouvernement sur ces filières étant fixés, il ne faut pas lésiner sur les moyens (humains, financiers, institutionnels, matériels, sociaux, technologiques…) non seulement pour les mines mais aussi pour gérer les effets externes des activités tout au long des différentes composantes des filières sur les autres secteurs d’activité.

LDGI : Cela ne demande-t-il pas trop de temps ?

H.G. : Effectivement et c’est pour cette raison que j’appelle les pouvoirs publics et les professionnels à ne pas verser dans la précipitation. C’est seulement après toutes ces réflexions que nous allons élaborer, mettre en œuvre et procéder à un suivi-évaluation de toutes les actions publiques nécessaires à la maximisation des valeurs ajoutées [ou des richesses créées ] dans les deux sous-secteurs : petites mines [ métaux, précieux, pierres fines et/ou précieuses, pierres industrielles d’ornementation, de décoration, etc.] et des grandes mines [minéraux : fer, ilménites, bauxites, cobalt, nickel, …]. Une fois que les enjeux et les objectifs soient cohérents et les moyens réunis, nous pourrons voir si nous avons besoin de changer les Institutions [Règles et Structures]. La Politique sectorielle du secteur Mine aura alors besoin de lois pour mieux gérer les exploitations – valorisations des Stocks de Ressources Minérales.

LDGI :Tout cela prendra-t-il combien de temps ?

H.R. : En tout cas, ce n’est pas en 3 mois qu’on élabore une loi, un nouveau code minier qui comporte des enjeux complexes : environnementaux (biodiversité, changement climatique, qualité de l’eau, qualité de l’air, …), ; enjeux sociaux (emplois, déplacement de village et/ou de familles, migrations,); économiques (balance des paiements, taux de change, emplois et chômage…) ; technologiques ( qualité de la main-d’oeuvre, capacité de production… ) ; politiques (comportement des lobbies, gestion des comportements des lobbies, image de l’efficience des politiques publiques, enjeux ethniques…) ; …

Recueillis par Sa

Lire aussi