Publié le 08 juin 2020
Contrairement à certains pays du Tiers-Monde, Madagascar ne croule pas sous les dettes extérieures. Ses échéances annuelles de remboursement vis-à-vis du G20 sont honorées. C’est pourquoi Madagascar fait partie de la catégorie des pays à faible risque de non-remboursement. Certes, la pandémie de Covid-19 secoue fortement les finances publiques mais la Grande Ile peut s’en sortir sans avoir à accepter à tout prix une suspension de trois ans du service de la dette accompagné d’un moratoire d’un an, conformément à la récente initiative proposée par les pays du G20. A première vue, une telle suspension du règlement des dettes permettra d’apporter une bouffée d’oxygène à l’économie malgache puisque les sommes affectées au remboursement des intérêts de la dette seront redirigées vers le règlement de dépenses urgentes liées au Covid-19. C’est du pain béni dans une conjoncture aussi difficile. Pourtant, en examinant de plus près, on constate que l’offre des pays du G20 de suspendre le remboursement du service de la dette est faussement généreuse. Il s’agit même d’un cadeau empoisonné. En effet, d’une part, cette suspension du service de la dette est assortie d’intérêts supplémentaires, ce qui va alourdir les charges de remboursement. D’autre part, cette suspension du service de la dette est assortie d’un droit de regard exercé par les pays du G20 sur les finances publiques des pays débiteurs. Cette surveillance accrue, dans le cadre de la suspension du remboursement du service de la dette, est complètement abusive car l’emprunt des fonds prêtés est convenu d’avance. Elle relève également d’une atteinte à la souveraineté et d’un diktat néocolonialiste. A partir du moment où les échéances de remboursement et la bonne gouvernance sont respectées, la cuisine interne de Madagascar ne regarde pas les bailleurs. En vérité, la volonté affichée des pays du G20 d’aider l’Afrique à court terme dissimule un souhait sournois de mieux l’asservir sur le long terme. Madagascar a plutôt intérêt à obtenir une annulation complète de ses dettes antérieures. Si le terme annulation fait grincer des dents, on préfèrera employer celui d’allègement. On se souvient de précédents allègements (l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés en 1996 et l’initiative d’allégement de la dette multilatérale en 2005) octroyés dans un contexte bien moins chaotique que celui observé aujourd’hui. En attendant cette mesure salutaire, qui sera forcément soumise à d’autres conditionnalités, Madagascar doit pouvoir contracter des financements non concessionnels (c’est-à-dire aux conditions du marché) qui seront affectés en priorité aux travaux d’infrastructure car les besoins de Madagascar sont énormes.
Phil de Fer et Ranary