La Gazette de la grande ile

Chapelle à l’Assemblée Nationale : Violation de la Constitution

Publié le 07 juin 2022

A part quelques individus, personne ne s’indigne de l’installation récente d’une chapelle dénommée « Nehemia » dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale à Tsimbazaza. Sans doute que tout le monde s’en fiche en pensant qu’il s’agit d’un non-évènement éloigné des préoccupations qui font l’actualité (les enfants victimes d’injections de drogue, la reprise des délestages, la hausse prochaine du prix des carburants). Peut-être que tout le monde s’en fiche en croyant qu’il n’y a pas de mal à ériger une chapelle dans la cour d’un bâtiment public.

Cette chapelle apporte assurément un réconfort moral et spirituel à de nombreux Députés mais elle constitue également une violation de la Constitution car la laïcité est consacrée par les articles 1 et 2 de la Loi Fondamentale. Cette chapelle annoncerait-elle la mise en place officieuse d’une religion d’Etat ? La cellule de prière ne suffisait plus à Christine Razanamahasoa dont l’appétence pour les incantations et autres bondieuseries ne connaît pas de limites. Il lui fallait sa chapelle. Demain, pour préserver le feu de la foi, elle exigera une cathédrale, voire une basilique. Si une chapelle chrétienne existe désormais dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, au nom de la liberté de culte, il n’y aucune raison pour qu’il n’y ait pas un espace dédié aux autres religions, en vertu du principe d’égalité. Il est dommage que cette atteinte grave à la laïcité provienne de l’Assemblée Nationale qui est l’un des murs porteurs de la République.

Il n’est pas certain que l’examen des lois s’effectue dans la sérénité si, lors d’une session, chaque Député prie son Dieu quand il veut et où il le souhaite, selon ses rites et si chaque Député vote les propositions de loi en fonction de ses seules convictions religieuses. Si, pour la vivification de son existence et le salut de son âme, la Présidente de l’Assemblée Nationale souhaite maintenir sa chapelle, il ne reste plus qu’à supprimer le principe de laïcité dans la Loi Fondamentale, ce qui suppose une révision Constitutionnelle. On n’est plus à une régression démocratique près. Pourquoi la laïcité qui était de rigueur au début du mandat présidentiel actuel a t’elle été crucifiée alors qu’une conseillère spéciale aux affaires cultuelles a été récemment nommée ? Ce net recul de la laïcité est une bombe à retardement lorsqu’on constate la montée en puissance des sectes qui se diffusent comme un cancer dans l’espace public et dans la sphère privée. Après tout, peut-être que nos compatriotes n’ont pas suffisamment de soucis comme ça. Peut-être qu’ils ont besoin de tensions religieuses qui viendront se superposer à la crise socioéconomique.

Ranary

Lire aussi