Publié le 07 juin 2022
Ces dernières années, les aides au développement augmentent, la dette des pays s’accroisse mais la démocratie régresse dans les pays de régime autoritaire en Afrique qu’en Asie. La réalité politique est que les intérêts politiques et économiques stratégiques des grandes puissances de l’Occident et de l’Orient règnent en maître sur les valeurs et les processus démocratiques des pays en développement. La compétition entre ces puissances occidentale et orientale au niveau des pays du Sud mal gouvernés les pousse à reconnaître très rapidement les résultats des élections soit disant «démocratiques » ; et les conditions d’aide relatif à une pratique de gouvernance non démocratique devenaient non prioritaires jusqu’à la prochaine élection avec une diplomatie collaborative, même si le nouveau « homme fort » devient Autoritaire. C’est ainsi que les aides de développement ont permis aux «leaders autoritaires » et ses alliés, de survivre et de prospérer au détriment de la démocratie, des droits de l’homme, de la lutte contre la pauvreté et du développement. Les expériences vécues de Madagascar de ces dernières décennies soutiennent ces faits. Des expériences marquées par une mauvaise gouvernance politique et économique, en plus, avec une grande tendance de régime autoritaire après une reconnaissance internationale des élections présidentielles surtout. Depuis, la majorité des Malagasy sont de plus en plus pauvres !
Et Madagascar serait–il alors devenu un simple chantier constitutionnel continu qui s’inscrit dans la durée? Certes, l’apprentissage de la démocratie demande du temps et doit encore vaincre des résistances multiformes. Aujourd’hui, l’État de droit est continuellement mis à mal par des velléités de retour à l’autoritarisme et au despotisme ; Madagascar expérimente actuellement la personnalisation de toutes les pouvoirs du pays ; et en plus les tentations d’une manipulation des élections risqueraient de faire sombrer le pays dans la tourmente. La « démocratie de façade » mise en oeuvre actuelle, cacherait-elle une velléité de recoloniser autrement de la majorité des Malagasy ?
Trois aspects emblématiques de l’État de droit ont affecté notre jeune démocratie au cours de ces dernières années : la séparation des pouvoirs, l’encadrement juridique du pouvoir et le contrôle de constitutionnalité des lois. Le reniement de la séparation des pouvoirs est solennellement consacré par notre constitution comme pour conjurer les démons de la confusion des pouvoirs des années « socialistes ». Mais, à l’épreuve des faits, la proclamation de ce principe fondamental de la démocratie a de plus en plus l’allure d’une pétition de principe. La séparation des pouvoirs est en effet vidée de son contenu par l’hypertrophie des pouvoirs au niveau de la Présidence et par le phénomène de mouvance présidentielle majoritaire.
Le Président de la République est devenu la clé de voûte de tout l’édifice de la République. Il assure la direction effective de l’exécutif en même temps qu’il concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Il détermine la politique de la nation, nomme aux emplois civils et militaires, nomme et révoque les ministres ad nutum. Le chef de l’attelage gouvernemental n’est qu’un simple Premier ministre administratif. Quant aux ministres, «juxtaposés les uns par rapport aux autres, cultivant l’humilité, gèrent leur département respectif à la manière de « chef de service», sans participer à la détermination de la politique nationale. Le souci de conserver leur poste est la préoccupation majeure des membres du gouvernement. L’Etat Malagasy est transformé en une coquille vide ; et pour échapper à la paralysie économique et sociale, la corruption est maintenant devenue le remède universel de tout le monde pour survivre.
L’exécutif et le législatif ne sont plus séparés, mais solidaires sous l’autorité du Président, fondateur et bailleur de la majorité MAPAR/IRD. Dans ces conditions, le développement du phénomène majoritaire produit comme conséquence la remise en cause du pilier fondamental de la séparation des pouvoirs en démocratie: le contrôle de l’action gouvernementale par l’Assemblée parlementaire supposée représentée les Malagasy. Et en plus notre Constitution a été désacralisée à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Par ailleurs, pour les prochaines élections « démocratiques » tout semble être en place pour assurer la victoire avec notamment la mise en place des proches du Président actuel à la Haute cour constitutionnelle (HCC) et à la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Un glissement de la souveraineté nationale vers la coalition de la « mouvance présidentielle » et du Président « mamimboaka » serait-il la nouvelle norme démocratique? Une coalition qui n’avantagerait que moins de 15000 individus. Ne serait-il pas plus bénéfique pour la majorité de revenir vers les modèles politiques des années 1950, pour certains esprits? Serait-il juste et équitable d’accepter que les 10 000 personnes sur une population de 28 millions d’habitants qui s’étaient enrichis depuis l’indépendance continuent de s’accaparer de toutes les richesses? Devrait-on accepter de continuer à ne rien changer car le soit disant « Stabilité Politique » est nécessaire pour le développement ? Et un « développement » pour qui ? Pour le moment, cette « Stabilité Politique » serait en place grâce à la diplomatie collaborative des partenaires de développement mais surtout grâce à la force des fusils et des gaz lacrymogènes fournis par d’autres « partenaires internationaux» soucieux de leur intérêt à Madagascar et utilisées pour mater chaque mouvement démocratique de protestation……. Espérons que nous n’assistions pas à un mouvement de contestation populaire comme celui des années 1972, 1991, 2002, 2009 et 2018 avec mort d’hommes.
Zaza R.