Publié le 07 juin 2022
Début mars 2022, après la rupture d’un barrage de résidus miniers, QMM obtient l’aval de l’Autorité Nationale de l’Eau et de l’Assainissement (ANDEA)- sans aucune analyse préalable de cette eau de résidus- de relâcher plus d’un million de m³ d’eau du bassin minier dans la rivière de Mandromondrotra.
Quelques jours plus tard, le gouverneur d’Anosy annonce la découverte de « poissons et d’autres animaux aquatiques morts du côté du seuil déversoir du site d’exploitation de QMM et sur la plage de Manakana. Il ajoute avoir également constaté une « certaine pollution de l’eau du côté de la rivière Mandromondromotra ».
En outre, des poissons morts auraient été collectés et vendus sur les marchés locaux.
Par précaution, le gouverneur a décidé l’interdiction de la pêche aux alentours de QMM.
Le message de Rajoelina du 1er avril 2022, communiqué par le ministre de l’eau aux communautés villageoises riveraines de QMM, n’était-il qu’un gros POISSON D’AVRIL ? Le message était très clair et concis “QMM est responsable de tout cela”. Rajoelina aurait-il affirmé cela à la légère ?
Quelques jours plus tard, quelques 3 500 villageois ont mandaté des représentants pour manifester et présenter leurs demandes et revendications. Les activités de pêche ayant été interdites, ils ont érigé des barrages sur la route QMM. Lorsque la police a tenté de savoir qui leur avaient dit de mettre en place ces barrages, ils ont répondu « Notre estomac !».
Une trentaine de membres des forces de l’ordre venus démanteler ces barrages et disperser la manifestation ont été débordés et encerclés par les manifestants, dépouillés de leurs armes (fusils, grenades lacrymogènes, boucliers etc…) et retenus en otage. Les villageois ont tout de même accepté de relâcher immédiatement ceux qui étaient blessés.
Le lendemain, pas moins de 6 ministres (Défense, Eau, Pêche, Mines, Environnement et Energie) sont descendus dare dare à Taolagnaro et ont réussi à obtenir la libération des otages.
Un compromis a été trouvé et QMM a accepté de « respecter les droits et les privilèges légaux de la population », (le représentant de QMM à ces négociations était un stagiaire !).
Cela s’était terminé par une fête et un sacrifice de zébus. Bref, tout est bien qui finit bien.
L’interdiction des activités de pêche a été levée. Sans que les résultats des analyses des eaux d’Andrakaraka, où l’on avait trouvé les poissons morts, n’aient été préalablement rendus publics.
Cela signifie-t-il qu’il n’y avait donc pas de quoi s’inquiéter. Aucun danger ! Juste une fausse alerte !
Seule conclusion qui s’impose « les poissons morts n’ont pu que se suicider, ou sont morts de vieillesse».
Cette semaine, ce fameux rapport d’analyse serait enfin sorti et il semblerait blanchir QMM ! . Selon ce rapport, «dans l’ensemble, les résultats ont montré une conformité pour tous les éléments analysés sauf le cas de l’aluminium (aucun détail sur ces éléments analysés !)
Mis à part l’effet aluminium, une autre piste aussi est à privilégier concernant la mort des poissons. Étant donné que l’évènement prend place pendant la période de crue et que durant cette période, l’activité algale est prépondérante, les toxines des algues ingérées par les poissons seraient aussi létales pour ceux-ci ».
Tout est dans ce « Mis à part l’effet aluminium », dont on parle négligemment. “Le taux d’aluminium et le pH mesurant l’acidité dépassent le seuil autorisé par les normes de potabilités de l’OMS, mais ne dépasserait pas le seuil prévu par la législation malagasy”.
Donc, ce ne serait pas grave ! Pour dédouaner QMM, on avance même des hypothèses alambiquées, des histoires de pedogenèse, de phénomène de lessivage, d’origine anthropique ! Bref, circulez ! Il n’y a rien à voir.

Où est l’Etat de droit ?
N’avoir entrepris aucune poursuite est un réel mépris envers ces éléments des forces de l’ordre tenus en otage.
Pour moins que ça, par exemple, la conseillère municipale Clémence Raharinirina a été traduite en justice et attend toujours son jugement.

Il nous semble inadmissible de laisser le moindre doute quant aux vrais résultats d’analyse de ces eaux rejetées par QMM. Le ministre de la pêche a promis de donner (un de ces jours) tous les détails concernant cette affaire. On ne comprend pas qu’il ne joue pas la transparence dès maintenant, par souci de redevabilité auprès de ces communautés villageoises.
Mais jusqu’où ces petits pêcheurs peuvent-ils faire confiance à ce ministre face à une mastodonte comme QMM qui tient en otage la population de Taolagnaro pour laquelle la fourniture d’électricité dépend d’elle ? San parler des taxes et devises que QMM fait rentrer ?
Un autre exemple, fin mai 2022 (donc après l’affaire QMM), ce ministre était venu visiter la grande société d’élevage de crevettes « Les Gambas d’Ankarana », dont les produits ont récemment été à l’honneur à la table de l’Elysée. Cette société envisage de faire une extension sur les mangroves de Bobasakoa. Le ministre n’a pas jugé utile de rencontrer les communautés villageoises de Bobasakoa qui vivent de ces mangroves.
Il a snobé le Vondron’Olona Ifotony (VOI) qui gère ces mangroves qu’OSO farming prétend exploiter à leur détriment.
Ces VOI disposent d’un contrat de gestion régi par la loi GELOSE (Gestion Locale Sécurisée) depuis 1996. Comme l’a dit le WWF, la gestion de ces ressources naturelles est confiée aux personnes qui connaissent les milieux, qui y vivent et ont des histoires et des intérêts directs avec ces ressources. En retour, la nature donne l’opportunité pour les membres de la communauté d’apprendre et de construire des projets pour le développement local.
Une autre affaire du type QMM en gestation ! De quel côté l’Etat se penchera-t-il cette fois?
Que pèseront ces villageois face aux millions de dollars de devises provenant de l’expôrtation de ces crevettes bio ?
La Gazette