La Gazette de la grande ile

Enseignement supérieur en crise (suite)

Publié le 16 juin 2022

Notre article sur la crise de l’enseignement supérieur a fait réagir un certain nombre d’enseignants en activités, des jeunes et des moins jeunes, ainsi que des enseignants à la retraite. Nous avons voulu poursuivre notre investigation. Maintenant que l’on sait que le SECES a rédigé une proposition de loi sans concertation avec le monde de l’enseignement supérieur, que selon des sources bien informées les cours se poursuivent dans presque toutes les universités et seules quelques Facultés font grève, que selon une source bien informée le premier draft de projet de loi a été rédigé par des enseignants de la Faculté de droit de l’Université d’Antananarivo et ensuite a été travaillé par d’autres personnes, la question de la nécessité d’une autonomie se pose. L’ordonnance 92-030 sous Zafy Albert est le texte qui évoque l’autonomie administrative, financière et pédagogique des universités. Le décret 2002-565 sous Ravalomanana reprend d’ailleurs en son article 1er alinéa 2 le fait que les Universités jouissent de l’autonomie pédagogique, scientifique, administrative et financière même si le premier alinéa précise que les universités sont des établissements publics à caractère administratif. Ce qui est ahurissant aujourd’hui c’est de constater que l’actuelle ministre, qui pourtant est à la tête d’un institut à l’université de Mahajanga, trouve normal que tout passe par le conseil de ministres ou conseil de gouvernement. Le Professeur Rabesa Zafera, dont le parcours scolaire et universitaire force notre admiration - il a commencé sa scolarité à l’EPP d’Analalava, avant de poursuivre à l’Ecole d’application du collège normal de Mahajanga I, ensuite l’université de Madagascar à l’époque, pour par la suite obtenir le diplôme de Docteur de 3e cycle en Biologie Végétale de l’Université Pierre et Marie Curie, le diplôme d’Ingénieur de l’Ecole supérieure d’agronomie tropicale de Nogent sur Marne et Montpellier et le doctorat d’Etat es Sciences de l’université Claude Bernard Lyon I - a réussi à créer 6 établissements à l’université de Majunga ainsi que la première école doctorale de Madagascar ouverte à Majunga. Il a pu le faire grâce à l’autonomie des Universités, et si l’actuelle ministre Assoumacou se trouve à la tête de l’Institut des Langues et Civilisations du Sud-Ouest de l’Océan Indien, c’est bien parce que le Professeur Rabesa à l’époque, a œuvré pour l’université de Majunga au point qu’entre 2009 et 2011, l’université de Majunga était l’université pilote de l’océan indien. Il est étrange qu’avec un tel back ground, les expériences du Professeur Rabesa ne soient pas exploitées par l’actuelle ministre qui de toute évidence s’est retrouvée à la tête de l’Institut grâce au Professeur Rabesa et grâce à l’autonomie des universités. N’ayant pas pu entrer en contact direct avec le Professeur Rabesa, nous avons néanmoins appris que même l’inauguration de la radio universitaire de Mahajanga - première radio universitaire en dehors de celle d’Antananarivo - a été faite par l’actuel Président Andry Rajoelina, à l’époque Président de la Haute Autorité de la Transition, sans demander l’avis d’un Conseil de gouvernement. Aujourd’hui, le SECES fait grève, mais il n’y a plus grand-monde derrière lui, les cours se déroulent normalement. Le projet de loi que le SECES a concocté, personne ne l’a vu. Ce que des enseignants nous ont dit c’est que l’autonomie ne concerne que les universités et non pas les centres de recherche et cela ressort d’une lecture simple de la Constitution que n’importe quel juriste ou même des non juristes peuvent avoir. Ce que la HCC avait décidé c’est que l’autonomie des Universités doit faire l’objet d’une loi, et donc non pas d’une ordonnance, étant donné les règles particulières relatives aux Ordonnances. Une chose est sûre, et l’université de Majunga dont est issue la Ministre Assoumacou, en est un exemple patent, c’est parce que le Professeur Rabesa a utilisé l’autonomie universitaire qui lui a permis de faire tout ce qu’il a fait à l’université de Majunga et qu’il faut reconnaître comme des réussites sauf à être de mauvaise foi. L’enseignement supérieur est en crise, rien n’empêche l’actuelle équipe de demander les conseils des anciens qui ont l’expérience et dont le passage à la tête du ministère était plus qu’une réussite. S’entêter à travailler en douce sur un texte qui concerne tout le monde universitaire c’est, à coup sûr, avoir un mauvais texte qui ne résoudra même pas le problème, si problème il y a, car oui, l’autonomie des universités a déjà permis la mise en place de plusieurs formations, la réalisation d’activités scientifiques. Aujourd’hui, même les sorties de promotion nécessitent l’autorisation du conseil de gouvernement, et la ministre qui, grâce à l’autonomie universitaire a pu faire fonctionner son Institut à Majunga, trouve que c’est normal de tout faire passer par le conseil de gouvernement et le conseil des ministres.

La crise de l’enseignement supérieur nécessite des personnes réellement au fait de ce qui a été fait, comment ça a été fait… cela ne signifie pas qu’il y a des personnes irremplaçables, loin de là, cela signifie qu’il faut savoir prendre des conseils auprès des aînés qui montrent le chemin. C’est une leçon d’humilité, simplement.

La Gazette

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