La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY

Publié le 16 juin 2022

Le temps des peaux de bananes

Quelle idée que donner à des responsables étatiques et institutionnels l’occasion d’échapper à des textes de lois régulièrement en vigueur ! Les exemples sont légions et les partenaires techniques et financiers ne ratent jamais l’occasion pour en vouloir au système en place. D’un côté, les corps des fonctionnaires sensibles au respect des pratiques administratives correctes et conformes aux injonctions constitutionnelles sur les pratiques démocratiques. Il est pratiquement vexant pour n’importe quel compatriote de se faire reprocher par la délégation de l’Union Européenne que l’«installation en 2019 n’a pas mené à un changement de tendance en terme de gouvernance » (sous-entendu en général). Cette alternance politique s’est traduite par une forte centralisation du pouvoir et l’Etat malagasy est jugé inefficace, inefficient et entaché de nombreux problèmes de gouvernance et de redevabilité.

Face la véracité d’un tel constat pourtant explicable, on peut dire que l’ingérence diplomatique est plutôt déplacée. Les réalités ambiantes sont telles que les observateurs locaux eux-mêmes ne se gênent pas du tout de trouver «qu’il est permis de se demander si tout ceci n’est pas orchestré de manière à ce que la population finisse par se révolter contre les dirigeants. Stratégie de dernier recours des PTF » (Partenaires Techniques et Financiers). Personne ne peut nier qu’après les sinistres climatiques successifs, l’invasion de la pandémie et les graves retombées du Kere de l’Androy, le système ne peut que faire face à des dérèglements administratifs et financiers difficilement gérables. C’est trop facile de déclarer «l’extrême urgence des réactions » des responsables, ce n’est pas une excuse…

Il y a lieu d’admettre la continuité de l’Etat à la suite des failles et les dérives des autorités irresponsables du passé ne facilitent guère un héritage institutionnel vicié par la mise en place des textes de lois qui favorisent les détournements de deniers publics, les octrois abusifs des marchés publics aux profits d’opérateurs complices (Projet Ravinala avec la bénédiction tacite de certains fonctionnaires internationaux (les projets d’installation de la Nouvelle Installation des Techniques Informatiques) et qui vont même jusqu’à faire obstruction au principe de la séparation des pouvoirs qui bloque les fonctionnements normaux de la Haute Cour de Justice. Et comme si cela ne suffit pas, désormais les Maires et les Gouverneurs vont bénéficier d’une immunité scandaleuse et déplacée pour le bon fonctionnement de l’administration judiciaire. Dans une pareille logique de mauvaise pratique de gouvernance, il ne faut pas s’étonner que des experts de la chose publique osent interpeller l’Etat pour éviter les peaux de bananes et qu’à l’avenir on arrête «de mettre des incompétents qui veulent juste se remplir la poche comme coéquipiers.»

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