Publié le 05 novembre 2022
La destruction de nos forêts s’accélère à la vitesse grand V. 200 000 à 500 000 hectares de forêt partent annuellement en fumée. Madagascar brûle. Et les autorités sont impuissantes, voire ne font rien face à cet écocide.
Manque de ressources, mauvaise gestion du budget, absence de politique sérieuse pour la protection de l’environnement, absence d’engagement, mais aussi impunité. Ce sont des poids qui pèsent sur l’environnement que les organisations de la société civile qui œuvrent dans la protection de l’environnement ont soulevé lors de la première journée du forum des organisations de la société civile qui se tient du 3 au 5 novembre à la gare de Soarano.
Impunité. Ce privilège ne bénéficie pas à n’importe qui. Mais à Madagascar, le mot est familier. Et ce ne serait pas les pro-régimes qui diront le contraire. Les députés qui devraient être un exemple de respect de la loi sont même l’image de l’ironie qui est : « Les règles sont faites pour être transgressées ». Récemment, c’est la députée IRD (pro-régime) élue dans le deuxième arrondissement, Lanto Rakotomanga, qui a fait bien comprendre aux citoyens et autorités que les IRD (Pro-Régime) sont intouchables. Début octobre de cette année, un véhicule qui transportait 75 rondins de palissandre, un bois précieux interdit d’exploitation, a été intercepté à Vohimena Amparafaravola, dans la région Alaotra Mangoro, avec une autorisation de transport signée par la députée Lanto Rakotomanga (http://www.lagazette-dgi.com/?p=84076). Un mois plus tard, plus personne n’en parle. La criminelle est libre comme l’air sans qu’aucune autorité n’ose lever le petit doigt contre elle.
Revenons plus loin dans l’histoire, parce que ce n’est pas la première fois que des élus proches du pouvoir s’en sortent indemnes. En 2019, le scandale explose. Le noyau dur de l’aire protégée de Menabe Antimena est victime de défrichement. A l’intérieur de la zone, des feux sont déclarés pour faire place à la culture de maïs. Derrière ce crime environnemental, il y a un député IRD sous le nom de Herilala Jeannot Rabemanantsoa élu dans la circonscription de Belo sur Tsiribihina. Il encourage les paysans qui fuient la sècheresse du Sud à s’implanter à l’intérieur de l’aire protégée, défricher et cultiver du maïs à un prix dérisoire.
Derrière cette affaire de destruction de l’aire protégée de Menabe Antimena, la brasserie STAR Madagascar a également été pointée du doigt. La société s’approvisionne auprès des producteurs de l’aire protégée et les encourage même à produire plus pour avoir des cadeaux (http://www.lagazette-dgi.com/?p=33554). STAR Madagascar n’était pas dans la mesure de se justifier. Son unique échappatoire était la tenue d’un audit pour confirmer ou infirmer les accusations. Mais silence total des années plus tard. Un silence qui l’inculpe davantage.
Ces crimes impunis ne sont pas des cas isolés. Ce qui nous pousse à nous poser la même question que celui d’un président d’une organisation de la société civile sur la situation : « Quid de ces élus qui n’ont aucun respect de la loi ? ». Jean Hervé Bakarizafy, directeur des aires protégées, des ressources naturelles renouvelables et des écosystèmes auprès du ministère de l’Environnement et du développement durable, pour répondre à cette question, s’est caché derrière la nécessité de signalement des crimes environnementaux. « Nous avons fort besoin des organisations de la société civile pour ce faire », se disculpe-t-il.
Aina P.