La Gazette de la grande ile

Valorisation de la riziculture : Médecin après la mort !

Publié le 11 novembre 2022

C’est au moment de la période de soudure de sa dernière année de mandat que le régime actuel met en place un projet de remise en état des périmètres irrigués de la Grande île. Un projet de 1,216 milliard de dollars qui n’a pas encore de bailleur de fonds. Une prise de conscience tardive alors que 500 000 enfants souffrent de malnutrition dont 91 000 concernés par la forme la plus grave, selon les chiffres de l’UNICEF de ce mois d’octobre 2022. Des morts sont même à déplorer dans la région d’Ikongo.

Le plus ironique dans cette histoire, c’est que ce projet figure dans le Plan Emergence de Madagascar censé être appliqué depuis le début du mandat du régime actuel. Après quatre ans, le projet stagne. Il faut dire que le régime n’a rien fait pour chercher des bailleurs depuis tout ce temps. Pourtant, le Champion avait déclaré le 11 mai dernier lors de l’inauguration de nouvelles infrastructures du Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural (FOFIFA), qu’il allait faire de Madagascar le grenier rizicole de l’océan Indien. Toujours des paroles en l’air. Encore une fois, une promesse sur le coup de l’émotion qu’il n’arrivera pas à tenir. Aucune action n’est faite suite à cette déclaration. De ce fait, Madagascar continue à importer du riz stock de l’Asie du Sud. La production rizicole de l’île n’arrive même pas à satisfaire les besoins locaux, alors comment veut-il faire de l’île le grenier à riz de l’océan Indien comme il l’a déclaré le 11 mai dernier ?

Pas moins de 45 personnes dans la région d’Ikongo sont mortes de la famine selon le député Brunelle Razafitsian­draofa. Cependant, pour cette communauté, c’est une honte de l’affirmer, d’après l’interview d’un journal local, rapporté par L’INFO.RE. La mairie d’Ikongo déclare quand même sept victimes de la disette. Un chiffre très loin de la réalité.

Cette faim dans le Sud se généralise dans toute l’île depuis des années. Pourtant, l’Etat a toujours fermé les yeux et s’est contenté de poursuivre les habitudes meurtrières, c’est-à-dire l’importation de produits industriels étrangers comme nourriture de base. Pour combattre la faim, l’Etat malgache a envoyé des sacs de riz stockés d’Asie dans le Sud. Les partenaires de nutrition de l’île ont octroyé des sachets de nourriture protéinés, servant à rassasier la population temporairement. Aucun projet d’autonomisation n’a jamais vu le jour. La population du Sud vit avec ses sacs de riz, ces nourritures en sachets et le cactus. Une plante qui commence également à se faire rare à cause du changement climatique.

L’objectif de ce projet est de « réhabiliter 480.000 hectares de périmètres irrigués et rendre fonctionnelles les infrastructures hydroagricoles pour gagner des nouvelles superficies exploitables ». Un grand projet pour épater la galerie. Si l’Etat voulait vraiment mettre en valeur la riziculture, ils auraient commencé petit à petit en restaurant d’abord les greniers à riz de l’île comme l’Alaotra et le Boeny. Permettre à Madagascar d’être son propre grenier avant de viser l’océan Indien. Notons qu’en ce moment, la production rizicole de l’Alaotra et de Marovoay dans le Boeny ne suffit plus pour la consommation locale. Les conséquences du changement climatique assèchent les terres et l’eau se fait rare. L’augmentation du prix du carburant et le mauvais état de la route, compliquant l’acheminement des produits, augmente considérablement les prix. Le prix du kilo du Makalioka de l’Alaotra dépasse actuellement les 3.200 ar sur le marché. Or, les collecteurs achètent le kilo du paddy à moins de 1.200 ar aux agriculteurs. Au final, ce sont les opérateurs économiques qui y gagnent et la population y perd de très loin. Les agriculteurs vendent à perte et les consommateurs achètent au plus cher.

L’Alaotra compte 120.000 ha de rizières, une petite superficie que l’Etat aurait pu valoriser depuis des années. Notons que durant le pouvoir de Mamimbahoaka, aucun plan de redressement de la riziculture n’a été fait dans l’Alaotra. Ne serait-ce qu’un barrage d’irrigation. Ils n’ont rien fait. Une intention volontaire, car Mamimbahoaka prévoirait d’augmenter le volume de riz importé à 700.000 tonnes annuels en 2024 contre 300.000 actuellement.

Ce projet de valorisation de la riziculture à 1,423 milliard de dollars va encore disparaître dans l’oubli. C’est juste un effet d’annonce pour capter l’attention des riziculteurs. Pendant que l’Etat concocte des projets et autres plans valant une somme incommensurable sur la table, les habitants meurent de faim. Il est peut-être temps de passer à la concrétisation au lieu de toujours faire des théories à dormir debout.

T. Berado

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