La Gazette de la grande ile

Investissement des jeunes : Le blocage vient de l’Etat

Publié le 14 novembre 2022

Plus de 95% des jeunes sortants des universités cherchent immédiatement du travail dans une entreprise à Madagascar selon le Ministère du Travail et de la Fonction Publique. Entreprendre n’intéresse pas les jeunes, car l’environnement des affaires à Madagascar et le contexte imposé par l’Etat ne le permettent pas.

Le taux de chômage atteint actuellement 4.8% des jeunes de 15 à 24 ans contre 3.5% en 2019. Ce taux atteint 2.6% de la population active totale contre 1.9% en 2019, selon toujours l’Organisation Internationale du Travail. Le travail décent et conforme aux diplômes des jeunes sortants des universités manque à Madagascar. Choisir d’investir pourrait être la solution contre le chômage, mais l’environnement des affaires imposées par l’Etat bloque les jeunes.

Selon les chiffres de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM), 1000 entreprises par an se créent à Madagascar. Pourtant, la majorité de ces entreprises restent en veille. Il n’y a aucun impact sur la réduction du chômage, car il n’y a aucun travail qui se crée.

Madagascar possède les matières premières nécessaires pour alimenter une entreprise de textile par exemple. Cependant, on ne peut pas créer une usine sans électricité, comme c’est le cas à Madagascar. Les coupures incessantes, les instabilités de la tension du courant et l’absence de politique de remboursement de la Jirama en cas de destruction de matériels, découragent les investisseurs. Un économiste, enseignant à l’Université d’Antananarivo, explique que « le premier obstacle de l’investissement à Madagascar vient de l’Etat. Nombreux sont les jeunes qui veulent créer une entreprise, mais ils sont freinés par le contexte actuel. L’insécurité règne. En dehors des attaques de bandits, il y a aussi l’insécurité fiscale. La forte dominance du secteur informel délaisse le secteur formel. L’Etat ne facilite pas la création et le démarrage d’une nouvelle entreprise et impose les mêmes conditions fiscales qu’aux grandes entreprises. Les jeunes n’ont aucune occasion de s’envoler par eux-mêmes. ».

En effet, la dernière étude du cabinet FTHM consulting en septembre 2022 démontre que Madagascar compte environ 3 millions d’entreprises informelles pour un potentiel fiscal estimé à 147,9 milliards d’ariary par an. Pourtant, l’Etat ne fait aucun effort pour favoriser le secteur formel. L’inaction de l’Etat face à la prolifération du secteur informel freine les investisseurs. Chaque entreprise nouvellement créée est vouée à l’échec si le secteur informel reste dominant.

Lors de sa propagande en 2018, l’actuel Président avait déclaré qu’il allait octroyer du terrain et investir dans les jeunes entrepreneurs en les poussant à la création d’entreprise. Une initiative qu’il n’a jamais réalisée et qu’il vient encore une fois de réitérer dans le relancement du Plan Emergence de Madagascar qui a échoué.

Pour beaucoup de jeunes, travailler en tant qu’employés dans une entreprise à la fin de leur cursus universitaire est à la base temporaire. Juste le temps d’amasser les fonds nécessaires pour démarrer leur propre entreprise. Pourtant, ce travail temporaire devient permanent à cause de l’environnement des affaires et la crise perpétuelle à Madagascar qui les empêche de démarrer leur propre affaire. Au final, les jeunes Malgaches sont voués à être des employés sans avoir la chance de devenir employeurs. Le principal blocage vient de l’Etat qui a instauré un climat des affaires non-propices à l’investissement.

T. Berado

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