édito: Je suis toujours Beroroha… je suis le malgache en 2017

Je suis cette personne qui vit dans ces endroits ignorés  par les pouvoirs publics car éloignés de la Capitale ; je suis cette personne qui voyage sur des routes dont la dernière réfection date des années 1960 ; je suis cette personne qui prie tous les dieux pour demander la pluie pour que je ne meurs pas de faim car les larmes de cette dame jolie mais un peu enveloppée, la venue d’un monsieur qui aime bien une couleur orange et la venue d’un monsieur qui sourit tout le temps accompagné de cette dame aux cheveux longs  qui est sa femme paraît-il sont juste des spectacles d’une demi-journée filmés par eux-mêmes, film dans lequel j’étais le figurant ;  je suis cette personne qui n’a que ses yeux pour pleurer quand la sécheresse sévit et elle sévit tout le temps et emporte avec elle les maladies et le décès d’au moins un membre de ma famille ; je suis cette personne victime de la sécheresse et qui survit grâce au PAM qui vient nous distribuer chaque année de quoi nous nourrir et des semences et je connais d’ailleurs mieux les gens du PAM qui distribuent sans filmer que les trois catégories de personne qui filment tout et qui ne sont plus revenues au bout d’une demi-journée ; je suis cette personne qui cette année était contente en décembre qu’il y ait la pluie et qui en ce moment se demande ce qui se passe car il y a trop de pluie chez moi et tout cela est bien étrange et risque d’apporter d’autres lots de catastrophes s’il est au moins sûr qu’on ne mourra pas soif ; je suis cette personne qui ne sait pas ce qu’est l’électricité, qui vit dans le noir à longueur d’année et  qui ne peut pas faire partie des forces productrices du pays ; je suis cette personne qui vit dans un endroit où les médecins ne veulent pas venir, les “ramose traka” ne veulent même pas enseigner, mes enfants resteront analphabètes et après les bien pensants diront qu’ils seront des voleurs de zébus ;  je suis  cette personne qui lorsque les catastrophes naturelles s’acharnent sur mon village apprend qu’il y a eu un “SOS sud” sans que je sache ce qu’est SOS, que tout le monde a donné quelque chose et particulièrement les riches détenteurs de pouvoir ont donné beaucoup et le font savoir or ils donnent car les moins riches paient des impôts et ces impôts deviennent des indemnités pour eux et c’est cela qu’ils nous donnent lors de ces SOS ; je suis cette personne qui voit les bandits notoires de chez moi libres et les innocents en prison et qui préfère me faire justice moi-même plutôt que de faire confiance aux forces de l’ordre, au magistrat et au gardien de prison ; je suis le malgache qui a peur et qui a un peu d’argent et qui va acheter des bouteilles d’eau en prévision de coupure d’eau ou qui va acheter les gros fûts en plastique pour conserver l’eau de pluie car le silence du ministre de l’eau est étrange. Je suis tout cela, Beroroha, Namorona, Manakaralahy, Ampanefena, Tanjombato, Mantasoa…je suis malgache, je suis malgache victime de 50 années de mauvaise gouvernance et d’égoïsme des dirigeants et surtout je suis les malgaches d’aujourd’hui qui commencent une nouvelle année dans le désespoir et qui prennent acte de l’incompétence des dirigeants, qui se demandent que font  et à quoi servent très exactement ces  personnes détentrices de pouvoir!

Claude Rakele

Ajouter un Commentaire