Relations turco-malgaches : soutiens mutuels ou peau de banane ?

Les points  forts de l’actualité officielle nationale nous obligent tous à ne plus faire du nombrilisme. Il est temps qu’on scrute avec beaucoup plus de sérieux les tenants et  aboutissants des réalités locales avec leurs relations avec la géopolitique internationale. Avec ce débarquement pas  du tout apprécié par tous du président turc Erdogan dans la capitale malgache et la hâte du parti présidentiel HVM à défier d’ores et déjà les futurs candidats contre Hery Rajaonarimampianina pour la prochaine course  à la présidence, il y a à boire et à manger.

Pour expliquer le proverbe «Qui se ressemble s’assemble» le  Net ajoute « Quelqu’un qui vous comprend, même au bout du monde, est comme un voisin. » Quand on se souvient de  ce qui s’est passé à Ankara (Turquie) en juillet dernier avec le très lourd bilan difficilement  acceptable (au moins 290 morts) sur le plan de la pratique démocratique et qu’on se rappelle des récentes mesures prises par les dirigeants de notre pays, on est tenté de croire au sens du proverbe cité. Sans exagérer, il faut reconnaître qu’en terre malgache, les autorités n’ont pas eu la main avec l’affaire Soamahamanina, les événements de Namorona, mais force est de constater que la tentation est grande dans le cercle  du pouvoir ici chez nous de suivre l’exemple des responsables turcs.

Dans les rangs du MAPAR, on a toujours en travers la gorge la condamnation d’Augustin Andriamananro et les menaces sur le sénateur Lylison René…  Pour preuve,  sur ce que peut craindre et appréhender n’importe citoyen de n’importe quel pays épris de la  démocratie, sur le pays d’Erdogan, une dépêche, hier,  de 10 h 45, modifiée à 11 h 18 sous le titre : « Les purges se poursuivent en Turquie » relate encore et toujours des faits fort préoccupants.   Voilà ce qui arrive lorsque, fort d’une légitimité douteuse adoubée par des parlementaires pratiquement à la botte de l’exécutif  d’après une autre dépêche de Bredan Mc Dermid  de l’Agence REUTERS datée du 21 janvier dernier : « Par une courte majorité de 339 voix sur les 330 requises, le Parlement turc a adopté dans la nuit de vendredi à samedi une révision constitutionnelle instaurant un régime présidentiel. Le texte, voulu par le président Recep Tayyip Erdogan, renforce considérablement les pouvoirs les pouvoirs du chef de l’Etat. Il doit maintenant être soumis au vote des électeurs. » Ce  faisant, des élus du peuple donnent carte blanche à « Un président chef de l’exécutif, sans Premier ministre, qui n’aura plus à couper les liens avec son parti politique, nommera et révoquera les ministres sans aucun contrôle parlementaire, choisira à sa guise un ou plusieurs vice-présidents, pourra gouverner par décrets, dissoudre l’Assemblée et décréter l’état d’urgence quasiment lorsque bon lui semble : telles sont les grandes lignes de la révision adoptée par les députés turcs.

Force  est de reconnaître qu’on n’en est pas encore à ce stade de l’exercice solitaire  du pouvoir,  mais tout de même, lorsqu’aujourd’hui, le régime qui nous dirige va dérouler le tapis rouge avec tous les honneurs à un tel chef d’Etat, on ne peut qu’être inquiet sur le futur de notre République. Surtout que notre parlement est ce qu’il est et que la Haute Cour Constitutionnelle est en mode «géométrie variable». Il n’est même pas sur notre territoire national qu’il se permet déjà de faire agir  l’ambassadeur de son pays « indirectement à l’Etat malgache de fermer » des établissements culturels régulièrement autorisés par la souveraineté nationale de Madagascar.

Qu’est-ce qu’Erdogan n’exigera pas avec beaucoup de diplomatie de nos responsables étatiques trop influençables par cupidité  pour fermer les yeux et la bouche sur ses « tendances dictatoriales » avérées. L’ouverture de l’espace aérien de Madagascar se trouve être la forme la plus flagrante de cet inconscience  institutionnelle des décideurs locaux à une époque où tous les autres pays se méfient des invasions des fraudes migratoires avec à la clef le terrorisme rampant. Serait-ce parce que les besoins des financements électoraux  se font sentir avec acuité ou tout simplement parce que la « volonté de la Turquie de nouer de solides relations diplomatiques, économiques et économiques avec les pays africains » et cette vierge qui a pour nom Madagascar qui oblige l’Etat turc à courtiser les souteneurs de l’enrichissement illicite ? Méfiance !

« En avril 1987, La Turquie demande son adhésion à l’Union européenne. En décembre 1989, la Commission européenne déclare la Turquie éligible à la candidature, mais elle diffère l’examen du dossier. » Et dire  que ces bandes  d’amateurs qui décident de tout et sur tout à notre place, avaient avalisé cette invasion camouflée sans rechigner. Car selon RFI du 22 janvier 2017. « Il sera, entre autres, beaucoup question de tourisme à Madagascar,… » Ou bien le président Hery Rajaonarimampianina n’y a vu que du feu ou… C’est une autre peau de  banane qu’on lui glisse gentiment sous les pieds pour le compte d’on ne sait qui ?

N. Razafilahy

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