La Gazette de la grande ile

Gouverneur : “Appelons-les comme on veut…à titre transitoire”

Publié le 30 septembre 2019

Accepteraient-ils aujourd’hui qu’on les appelle “Incompétents ministériels” mais que leur fonction ministérielle ne change pas ? Sont-ils en train d’insinuer que l’on puisse appeler le Président de la République “le Monarque” et que c’est juste une question de dénomination? Accepteraient-ils que l’on dénomme un chef d’escadron “chef suprême des armées” mais sa fonction ne change pas? Ils accepteront tant que les avantages y afférents ne se perdent pas. Ils accepteront parce que ce qu’ils considèrent comme important ne sont que broutilles pour le commun des mortels et ce qu’ils considèrent comme broutilles est le respect des règles dont la loi fondamentale sur laquelle le Président de la République a prêté serment. Accepteraient-ils que chaque fokontany soit désormais dirigé par un “président de district “et que l’on dénomme les districts en ” fokontany avec un chef à leur

tête” ? Auraient-ils dit cela si c’est un Ravalomanana, un Rajaonarimampianina qui se seraient amusés à sortir de tels propos ? Non ce n’est pas une simple question de dénomination. Non, l’Etat de droit ne peut pas être traité avec autant de légèreté. Non, les affaires d’Etat méritent plus de rigueur qui ne s’efface pas d’un simple revers de la main. Non, la gestion d’un Etat ne relève pas d’un moment satirique durant lequel on donne des noms ou des sobriquets comme on veut et pour s’en moquer, à une personne qui exerce une fonction précise. Non, la population mérite plus de respect de la part de ces dirigeants qui eux doivent donner l’exemple. Ces dirigeants sont composés de la génération née en 1970, qui a passé leur jeunesse dans les années 80 et 90 et dont certains-mal éduqués-parlaient des personnels de maison en utilisant le terme “ambassadeurs”. Mais, ils ne sont plus des enfants, ils dirigent un pays et le minimum qu’on leur demande est de respecter les textes et d’avoir un peu plus de hauteur et de rigueur. Doit-on s’étonner si désormais les gens vont utiliser des noms d’oiseaux pour dénommer des hauts responsables, après tout ce n’est qu’une dénomination qui change et ce n’est qu’à titre transitoire! Doit-on s’étonner si les gens se lâchent puisque rien ne semble important, pas même la loi fondamentale, pas même la hiérarchie des normes? Doit-on s’étonner que la phrase classique dans ce pays devient “c’est eux qui sont là, ils font ce qu’ils veulent” et que l’Etat de droit est une équation à mille inconnus, volontairement ignoré par la population car non respecté par les dirigeants eux mêmes? Ces dirigeants devraient mettre un peu plus de sérieux, de rigueur dans la gestion d’un Etat ; ils devraient respecter simplement les règles car les anciens étaient tombés pour cela, cette manie de ne pas respecter les règles et de croire que puisque c’est eux qui dirigent, ils peuvent faire comme bon leur semble.

D’ailleurs, alors que le ministère de l’information et de la communication vient d’organiser les portes ouvertes dans le cadre du droit d’accès à l’information publique, ne voilà-t-il pas que le Directeur Général de la Communication répond vertement à des gens qui l’interpellent sur les réseaux sociaux sur le contenu du fameux Décret 2019-1866 relatif à cette histoire de gouverneur procédure sui generis en disant qu’il faut aller chercher cela à la Primature ou en faire la demande à la Primature! Si monsieur le Directeur Général avait entre ses mains le fameux Décret, il ne se serait pas privé de le mettre sur sa page facebook comme il aimait faire, ni lui ni personne au niveau du Ministère de l’information et de la Communication n’a été capable 48h après le conseil des ministres qui renvoie à ce décret de contribuer à l’accès à l’information. Ce décret à propos duquel le Directeur écrit qu’il faut aussi chercher l’information publique n’est pas sur le site du CN Legis de la Primature, un site qui laisse à désirer à l’heure où on prétend reconnaître l’accès à l’information publique. Le décret est peut-être dans le Journal officiel et comme le Directeur Général de la Communication semble ignorer, le Journal officiel n’est pas édité en plusieurs exemplaires qui couvrirait les communes de Madagascar. A en croire donc l’explication condamnable venant d’un haut responsable, les compatriotes qui vivent à Bekily s’ils veulent connaître les lois doivent en faire la demande auprès de la Primature…on les imagine prendre la RN13 pour demander un texte expliquant cette nomination de gouverneurs car c’est ainsi qu’un responsable, qui connaît bien la réalité là-bas, considère l’accès à l’information : ne pas attendre les informations publiques mais aussi les chercher. Les citoyens veulent bien chercher les informations publiques, les lois, les décrets…mais quand eux mêmes premiers responsables ne sont pas capables de les avoir, parfois ils devraient faire preuve d’humilité, reconnaître que même eux n’ont pas le texte entre les mains et faire preuve d’honnêteté intellectuelle -si c’est un concept qu’ils connaissent encore -en reconnaissant les failles au lieu d’être dédaigneux particulièrement lorsque l’on est au sein d’un ministère de l’information et de la Communication.

Claude Rakelé et D.R.

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