La Gazette de la grande ile

Importation de carburants de la Jirama : Le FMI exige un appel d’offres international !

Publié le 02 octobre 2019

Au bord de la rupture. Ainsi qualifiaient nombre de citoyens l’état de nos relations avec le FMI à l’arrivée d’une mission qui a été précédée par le limogeage du DG de la Jirama puis la décision du conseil des ministres d’autoriser l’importation directe de carburants pour la même compagnie nationale. Quels que soient les commentaires, c’est une « visite technique », nous précise le Représentant résident du FMI. Au cours d’une interview, Marc Gérard rappelle les principes fondamentaux auxquels le FMI attache une importance particulière et que la mission (qui est déjà rentrée jeudi dernier) a discuté avec les autorités malgaches.

La Gazette (*). Si cette mission n’est pas une mission de revue, quelle serait sa nature? Pourrait-on savoir les membres de la mission et leur fonction respective?

Marc Gérard (+) Il s’agit d’une « visite technique » du FMI, conduite par une équipe restreinte au Chef de Mission, Haris Tsangarides, aux économistes de l’équipe pays Gabriel Léost et Cristina Cheptea, et à une experte en gestion des finances publiques, Ha Vu. Comme il est habituel dans les pays avec lesquels le FMI a un engagement important, l’objectif de la mission a consisté à faire le point au niveau technique avec les autorités dans le contexte de la préparation de la loi de finances (budget 2020), notamment pour comparer les prévisions de croissance et de recettes publiques et examiner les projets de dépenses.

*Le FMI a-t-il par le passé envoyé une telle mission? Si oui quand ?

+ Le FMI conduit très couramment de telles missions dans tous les pays avec ou sans programme lorsque le cycle des revues ne permet pas à l’équipe de venir au moment de la préparation du budget, c’est-à-dire le plus souvent au mois de septembre. Il n’y a aucune signification particulière à y accorder ; il s’agit simplement de visites de routine pour recueillir le point de vue des autorités sans donner lieu à la rédaction d’un rapport, à une conférence de presse, à un passage au Conseil d’Administration du FMI, etc.

*Est-il vrai que le FMI (et la Banque mondiale) s’inquiète de l’évolution des actes pris récemment par le gouvernement comme le limogeage du DG de la Jirama et l’importation directe de carburants pour la Jirama ou encore le non-paiement des arriérés des pétroliers?

+Pour des raisons qui tiennent au respect de la souveraineté des autorités démocratiquement élues de la politique de Madagascar, le FMI n’a pas pour mandat de s’occuper des questions de nomination ou d’opérations particulières au bénéfice de tel ou tel opérateur. En revanche, le FMI se préoccupe du rythme d’exécution des réformes reconnues comme étant d’intérêt public dans les discussions avec les autorités.

En ce qui concerne la JIRAMA, la mission du FMI a constaté que les efforts de redressement semblaient s’être ralentis récemment. Cela veut dire que les transferts de l’Etat à la JIRAMA risquent de baisser moins rapidement que prévu, ce qui risque d’impacter négativement les dépenses d’éducation, de santé et d’infrastructure qui sont d’une importance critique pour le développement économique et social du pays. La mission du FMI a aussi indiqué que s’il devait y avoir des importations directes de la part de la JIRAMA, elles devaient se faire de manière transparente par la voie d’un appel d’offre international ouvert, de manière à réaliser le maximum d’économies pour le bénéfice du pays.

En ce qui concerne le prix des carburants, le FMI recommande aux autorités de mettre en place un mécanisme automatique d’ajustement des prix, de façon à ce qu’en cas de hausse des cours du pétrole, ce soit les consommateurs, qui sont à plus de 80 pour cent les ménages riches et les industriels, qui paient la facture, et non le budget général, c’est-à-dire tout le monde et en particulier les plus pauvres, ce qui est le cas lorsque les autorités subventionnent les prix et accumulent des arriérés envers les pétroliers. Il s’agit à la fois d’une question d’efficacité économique et de justice sociale. Il est important de noter que pour atténuer l’impact de la hausse des prix sur le transport urbain, il est parfaitement possible de mettre en place une subvention spéciale, par exemple pour garder constant le prix de la course en taxi be. Cela coûterait beaucoup moins cher à l’Etat que de subventionner tout le monde, et permettrait ainsi de faire plus de dépenses sociales.

*Sinon comment voyez-vous l’évolution économique et la conduite des réformes? Le FMI est-il optimiste sur la réalisation du programme financé par la FEC?

+Le FMI soutient les efforts qui ont été annoncés d’augmenter les dépenses dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures à moyen terme, qui sont la clé pour sortir Madagascar d’une situation de grande pauvreté et de graves inégalités sociales, avec toutes les conséquences que cela entraîne en matière d’insécurité, etc. Il s’inquiète toutefois de ce que le rythme d’exécution des dépenses dans ces secteurs s’est ralenti ces derniers mois. Par ailleurs, il faut souligner que l’amélioration de la gouvernance est une condition absolument cruciale pour que les citoyens reprennent confiance dans les institutions et que le secteur privé s’implique dans le développement du pays. A l’heure actuelle, il semble y avoir des inquiétudes, que l’on mesure par le fait que très peu d’investissements privés se concrétisent.

Au-delà de la sixième et dernière revue du programme appuyé par la FEC en fin d’année, la poursuite de relations étroites entre les autorités et le FMI, idéalement dans le cadre d’un nouveau programme destiné à soutenir la mise en œuvre du Plan Emergence Madagascar, jouera certainement un rôle critique pour impliquer plus encore les autres partenaires au développement mais aussi et surtout attirer à Madagascar les financements privés, qui risquent de ne pas se produire autrement.

Propos recueillis par Sa

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