Saisies d’or: A peine 3% des exportations illicites

La gendarmerie a arrêté net une tentative d’exportation illicite de 3,6 kg d’or à l’aéroport d’Ivato. Et en janvier dernier, la douane a saisi 18 kg, contre 24 kg en septembre dernier. Si l’on fait la moyenne à partir de ces trois saisies, les autorités aux frontières mettent la main sur 7,6 kg d’or par mois sur les 6 derniers mois. Si elles arrivent à maintenir cette moyenne, elles devraient récolter 91,2 kg d’or sur une année. Ce volume correspond à un peu plus de 3% de l’or qui sort illicitement du pays tous les ans. Des experts estiment en effet que ces exportations illicites tournent autour de 3 à 4 t/an. Si l’on se réfère à la fourchette la plus basse, le pays perd ainsi 97% de l’or extrait de son sous-sol. C’est autant de richesses qui partent en fumée car elles valent jusqu’à 107,6 millions de dollars avec les cours à 37 000 dollars le kilo du lingot sur le marché international. Converti en ariary, ce montant (plus de 322,8 milliards Ar) approche le budget alloué au ministère de la santé publique (360,8 milliards Ar) pour cette année 2017. Ce qui signifie que la vente de l’or exporté illicitement tous les ans, peut doubler le budget de ce secteur stratégique, que ce soit pour le social ou pour l’économie.

Elle correspond aussi au budget d’investissement (332 milliards Ar) alloué à l’aménagement du territoire et de l’équipement. Ces deux secteurs sont tout aussi importants que la santé puisqu’ils permettent de concevoir un développement harmonieux dans l’espace et d’équiper les services publics… Bref, beaucoup de secteurs ont besoin de financements conséquents si l’on veut sortir le pays de la misère. Mais l’or, les bois de rose et les autres richesses exportés illicitement tous les ans dépouillent le pays de gros montants. Ceux-ci devraient toutefois permettre d’étoffer les financements internes pour l’investissement et de moins dépendre des aides extérieures. Une situation qui aidera le pays à élaborer ses politiques et stratégies de développement selon les besoins réels de la population et non selon les conditionnalités des bailleurs de fonds. Car ces conditionnalités ne répondent pas souvent à ces besoins. Il n’y a qu’à revenir sur les politiques d’ajustement structurel ayant couru sur quelques décennies. Assorties de conditionnalités antisociales, elles laissent des séquelles jusqu’à maintenant. Citons le gel de recrutement d’alors qui se répercute, par exemple, sur le secteur de l’éducation et de la santé.

Ce problème a obligé les parents d’élèves à embaucher des maîtres FRAM. Et souvent, ces derniers n’ont ni la compétence ni le niveau pour enseigner. Ce n’est que ces dernières années que l’Etat a décidé d’intégrer les maîtres FRAM en tant que fonctionnaires et de leur dispenser des formations. Le secteur de l’éducation n’est qu’un exemple parmi tant d’autres dans l’ingérence des bailleurs de fonds dans les politiques sectorielles. Une ingérence qui pourrait s’atténuer avec l’augmentation des financements internes. Seulement, l’on ne peut pas compter sur les recettes fiscales pour y arriver dans la mesure où Madagascar affiche un taux de pression fiscale très faible. En revanche, la lutte contre la corruption et contre les trafics illicites devrait rapporter gros au pays. Mais elle ne se fait que de manière très superficielle.

Fanjanarivo

Ajouter un Commentaire