Publié le 08 mars 2020
A l’heure où les férus des réseaux sociaux critiquent allègrement et sur la place publique les médecins ; à l’heure où même un artiste Mamy Gotso a posté une vidéo d’une violence inouïe sur les médecins allant jusqu’à dire que les médecins devraient manger le corps d’une personne décédée ; à l’heure où Transparency International-Initiative Madagascar crève l’abcès avec un documentaire présenté au public ; à l’heure où le premier ministre lui même a interpellé les médecins en leur reprochant leur attitude dédaigneuse… il n’est pas inutile de remettre un peu les pendules à l’heure, d’essayer d’analyser ce qui se passe dans ce milieu et de dire ce qui ne va pas et surtout ne pas mettre tous les médecins et tous le centres de santé dans le même sac. Oui, dans les hôpitaux publics les médicaments sont payants et les soins ne sont pas gratuits. On ne peut là s’empêcher de penser à cet interview que l’actuel Président de la République du temps où il était président de la transition avait dit face à l’ancienne journaliste Onitiana Realy avec force et conviction que ” oui, c’est gratuit dans les hôpitaux aux normes” avant de se raviser quelques mois ou années plus tard face à la même journaliste ” je n’ai jamais dit que c’est gratuit dans les hôpitaux aux normes”. Rien n’est gratuit dans les hôpitaux publics et ce n’est pas avec la baisse du budget accordé à la santé dans la loi de finances que les choses vont s’arranger.
Rien n’est gratuit et le médecin aussi consciencieux qu’il soit ne peut rien faire quand on sait également combien gagne un médecin par mois…à comparer bien entendu à ce que gagnent les députés, les ministres, le premier ministre, les membres de la Haute Cour de Justice. Personne ne peut dire que les médecins sont moins importants que toutes ces personnes, bien au contraire. Si bien qu’un médecin qui se trouve face à un malade indigent ne peut pas sortir de l’argent de sa poche pour payer les médicaments et autres analyses à faire faire par le patient, il ne s’en sortirait pas. Demander à la pharmacie de l’hôpital de sortir des médicaments pour sauver une vie est une option, mais le pharmacien lui même va prendre toutes les précautions nécessaires et peut ne pas vouloir franchir le rubicon car on pourrait plus tard lui reprocher cet acte et peut-être même le taxer de corrompu : avoir sorti des médicaments sans que l’argent n’entre dans la caisse. Que peut faire un médecin quand le système de santé lui même est malade? Les hauts dignitaires de l’Etat qui tombent malade prennent leurs jambes à leur cou pour aller se soigner à l’extérieur, non pas parce que les médecins à Madagascar sont incompétents - même si probablement que certains le sont- mais parce qu’ils savent que dans beaucoup de service il n’y a même pas d’oxygène en cas de réanimation, que dans plusieurs services le scanner est tellement vieux qu’il fonctionne un jour sur deux ou que les fournitures de bureau manquent si bien qu’il n’y a ni papier ni encre pour imprimer les résultats de radio ou d’analyses. Tous ces hauts dignitaires quand ils tombent malade devraient faire l’expérience d’aller dans les hôpitaux publics car même si les médecins se plient en quatre quand il n’y a pas de budget de fonctionnement ou qu’il s’avère insignifiant pour acheter les médicaments, pour réparer les conduites d’eau, pour installer les bouteilles d’oxygène etc c’est la mort dans l’âme que les médecins prennent soin des malades qui ne peuvent pas comprendre ces centres de santé où les malades doivent dormir à même le sol, ces centres de santé où il n’y a même pas de seringue et coton et sparadrap à offrir gratuitement aux malades. Tout est payant, et tout sera gratuit quand réellement la question de la santé publique sera prise au sérieux et que le secteur de la santé aura un vrai budget digne de ce nom…certainement plus important que de construire une piscine olympique dans la ville de Toliara par exemple. Les médecins ne sont pas tous des anges mais beaucoup exercent leur métier en toute conscience, beaucoup sont disponibles, beaucoup savent parler aux patients, ne sont pas arrogants et ceux là sont cachés par ceux qui n’aiment pas leur métier, qui frustrés de gagner aussi mal leur vie en viennent à faire leur petit business de plumer les patients, à ne pas faire preuve de psychologie à parler et expliquer aux malades ou à la famille l’état de santé du malade et finalement en arrivent à éviter tout contact avec la famille, en arrivent à fuir la famille ou à faire preuve d’arrogance n’ayant aucun sens de l’empathie ou ne sachant rien de ce qu’est la psychologie. Il est important aussi de savoir que toutes les blouses blanches dans les hôpitaux ne sont pas des médecins et le port de badge est pour cela fondamental.
On ne peut guère en vouloir aux malades et à leur famille de vouloir avoir face à eux des médecins et non des élèves de la Faculté de médecine qui commencent à arpenter les couloirs des hôpitaux en deuxième ou troisième année. Ceux là doivent y être pour apprendre le métier mais n’ont pas à donner des indications aux malades, suffisamment perdus, sur ce qu’il faut faire, sur des attitudes à adopter. Avec les réseaux sociaux, et la manie de se prendre tous pour les détenteurs de la vérité absolue, aucun métier n’est épargné sauf celui de n’avoir à faire que de balancer des choses sur le Net. Aujourd’hui tout le monde devient médecin après avoir été tous juges. Alors, OUI le système de santé est malade, le budget accordé à la santé publique est insignifiant, les soins et les médicaments ne sont pas gratuits et ce à cause de ce budget insignifiant accordé au système de santé, les médecins sont épuisés, mal payés et font un travail ingrat. OUI, il y a des médecins qui sont incompétents, qui sont incapables de prendre des initiatives, qui ne savent rien de la psychologie et attitude à adopter face aux malades, qui se font de l’argent sur le dos des malades et qui sont d’une arrogance puante…mais NON ils ne sont pas majoritairement ainsi. NON, tous ceux qui sont en blouse blanche dans les hôpitaux ne sont pas des médecins et il est temps de recruter aussi des médecins en nombre suffisant pour éviter que des étudiants de deuxième année qui se promènent avec une blouse blanche et stéthoscope se prennent directement pour des apprentis médecins. Et surtout le droit à des soins de santé est un droit fondamental et cela ne peut l’être que si le système de santé est aux normes.
Visitons les hôpitaux, les espaces communs, les sanitaires et voyons le budget accordé à chaque centre de santé de base, de district et hospitalier universitaire…et comparons avec le budget accordé ne serait-ce qu’au sport même si “mens sana in corpore sano”. Continuons de dénoncer ce qui ne va pas en prenant d’abord conscience de l’environnement dans lequel s’exerce ce métier, en ne mettant pas tout le monde dans le même sac : le budget accordé à la santé publique, le budget accordé à un centre de santé, le salaire d’un médecin, le nombre de garde qu’un médecin dans les hôpitaux publics assure. Bien entendu certains se font leur surplus dans les cliniques privées, mais les médecins n’y sont pas tous et ceux qui sont à l’hôpital public et exclusivement à l’hôpital public et qui font correctement leur travail, ceux là existent bel et bien. Ne les mettons pas tous dans le même sac exactement comme les policiers, les gendarmes, les magistrats, les douaniers ni même les férus de réseaux sociaux n’aiment pas qu’on les mette tous dans le même sac.
Claude Rakelé