Publié le 04 mars 2020
Les Malgaches ne peuvent-ils plus rien refuser à La France ? A tort ou à raison, beaucoup de gens le pensent après le passage du ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, qui a remis une « aide » de 240 millions d’euros au cours de sa visite que nos nationalistes qualifient d’improductive car elle semble avoir fait l’impasse sur les îles éparses. Le DG de Ravinala Airports, Patrick Collard, partage peut-être ce sentiment pour oser envoyer une lettre aux ministres du pays leur ordonnant de changer la réglementation en vigueur.

Son comportement s’explique sans doute par le fait que les dirigeants et les techniciens malgaches qui ont traité ce dossier des aéroports sont incompétents ou corrompus, sinon les deux à la fois avec en prime l’amnésie. En décidant le projet, le président Rajaonarimampianina ne s’est pas souvenu que juste la veille du coup d’Etat de 2009, le Japon était prêt à agrandir et moderniser l’aéroport d’Ivato sans qu’on parle de concession en contrepartie. Rivo Rakotovao avait aussi déjà signé avec l’entreprise chinoise Affec sans qu’il soit non plus question de concession. Après l’appel d’offres qui a choisi le consortium ADP, Bouygues et Maeridian (regroupés au sein de Ravinala Airoport), les techniciens malgaches (entre autres, James Andrianalisoa et Henry Rabary-Njaka, encore eux !) n’ont pas pris la peine de comparer les prix entre l’aéroport de Maurice qui a été construit par la même entreprise ADP, adjudicataire des aéroports d’Ivato et de Fascène Nosy-be.
Habituée à faire face à des « béni oui-oui » (pour ne pas dire autrement), il est normal que Ravinala Airports s’impose. Dans la lettre adressée aux ministres des Transports, des Finances et de l’Aménagement du Territoire et des Travaux Publics (on se demande pourquoi ce dernier en est-il destinataire) il exige le changement de la réglementation en vigueur afin de permettre à la société suisse Dufry d’exercer à l’aéroport d’Ivato à la place de Sofitrans.
Jusqu’à présent, seule Sofitrans est autorisée à exercer ce métier de Duty Free. Or d’après Ravinala Airports, Dufry peut le faire en tant que sous-concessionnaire et son contrat, établi à l’issue d’un appel d’offres international, aurait été validé par la Banque mondiale et Proparco . Ces prêteurs ont-ils un droit de regard dans ce genre de chose ?
En tout cas, M. Collard poursuit que « l’offre de Sofitrans n’était pas satisfaisante sur les aspects qualitatifs et financiers, et par rapport à l’organisation du partenariat ». Et pourtant, Sofitrans dit qu’elle s’était associée avec la société Lagardère (entreprise française spécialiste du duty free aussi) pour cette offre et ce sur proposition de l’ancien DG de Ravinala Airports.
En fait, le litige entre Sopfitrans et Ravinala Airpors dure depuis plusieurs mois. Il porte à la fois sur le restaurant et le duty free. Sur ce dernier point, Patric Collard décidé quand même de faire une concession en accordant « sans appel d’offres» un espace de 30 m2 à Sofitrans pour un magasin en duty free à l’arrivée, Dufry détenant l’espace au départ. C’est dans la logique de la tendance mondiale, fait remarquer le DG de Ravinala Airports en invitant « les équipes de Sofitrans de me contacter dans les plus brefs délais ». Un appel qui serait en fait l’ordre du … colon.
Sofitrans et bien d’observateurs malgaches ne seraient pas prêts d’accepter cette proposition. Non seulement, nous qui sommes les propriétaires de l’aéroport mais ne disposent point d’un seul ariarty dans le capital de la société concessionnaire qui va ramasser une fortune durant les 25 ans restants ; mais en plus on donne la portion congrue à Sofitrans pour lui faire fermer les yeux et surtout ne plus rappeler à qui veut l’entendre que si Dufry est qualifié de leader mondial du duty free, il fut le champion de la corruption à Maurice, il y a à peine quelques années. Nos dirigeants n’ont qu’à taper sur internet « Dufry Maurice » et ils sauront qu’on doit refuser l’exigence à Ravinala Airports même si elle est une société française.
D.R.