Urgence alimentaire: Un problème méconnu par le gouvernement

Le gouvernement joue le lent, comme d’habitude, pour déclarer l’état d’urgence, rien que sur le plan alimentaire. Or, la situation est plus que catastrophique et inquiétante. En effet, la sécheresse de ces derniers mois a été suivie d’inondations dans plusieurs régions et ces deux aléas climatiques extrêmes ne vont pas aider à afficher une bonne récolte pour la campagne agricole 2016-2017. De nombreux paysans ont pourtant profité des premières pluies post-sécheresse pour recultiver du riz. Mais des milliers et des milliers d’ha de rizières sont sous l’eau après le passage du cyclone Enawo. Pour l’heure, le bilan officiel sur les dégâts liés à l’agriculture n’est pas encore établi. Quoi qu’il en soit, le gouvernement devrait prendre en considération la situation alimentaire ayant précédé ces cataclysmes naturels. 1 enfant sur 2 souffre de malnutrition chronique et au niveau national, Madagascar est parmi les 56 pays en développement n’ayant pas atteint en 2015 l’objectif de réduire de moitié la proportion de personnes souffrant de sous-alimentation chronique, d’après les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD 2015). Pire, le pays est dans le groupe des Etats qui n’ont pas du tout progressé ou ont même régressé dans l’atteinte de cet objectif.

Ce qui signifie que la situation alimentaire, même avant la sécheresse et les inondations, était déjà critique. Elle ne peut qu’être dramatique après le passage du dernier cyclone. Mais les dirigeants sont fort probablement trop bien nourris pour remarquer que la population ne mange plus à sa faim. Outre les 50 morts et les 180 blessés, le cyclone Enawo a fait pourtant 111 000 déplacés et 176 000 sinistrés, selon le dernier bilan du Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC). Toute cette population souffre plus particulièrement en termes d’alimentation. Les dons alimentaires distribués par le gouvernement ne peuvent pas couvrir tous les besoins actuels des sinistrés. Et il ne faut pas oublier que la prochaine période de soudure arrivera plus tôt que prévu à cause de la destruction d’une bonne partie de la récolte. Ce qui veut dire que les difficultés alimentaires iront croissant et vont affecter plus que l’actuel nombre des sinistrés d’Enawo. A Antalaha par exemple, 95% des cultures ont été détruites, alors que la rupture du barrage d’Ambinanitelo a plongé Maroantsetra sous les eaux.

Dans l’Alaotra-Mangoro, des milliers d’ha de rizières sont également inondés, alors que les paysans ont procédé à un nouveau repiquage après la sécheresse. Si le premier grenier à riz est touché, il est fort possible que l’approvisionnement en riz pose problème d’ici quelques temps. Certes, les importations peuvent y remédier, mais si l’on revient sur les poussées inflationnistes de janvier-février derniers, des opportunistes pourraient encore faire la pluie et le beau temps. Et ce sera au grand détriment des consommateurs dont le pouvoir d’achat est déjà très anémié.

Fanjanarivo

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