Lycée Lumière International: Forcing de la Turquie
Un accord a été bel et bien signé entre Madagascar et la Turquie en matière d’éducation. Conformément à ce que nous avions rapporté lundi (« Diplomatie : de l’argent coûte que coûte »), cet accord a été conclu plus d’un mois après la visite au pays du chef d’Etat turque Recep Erdogan. La raison est simple : l’Etat malgache a mis du temps pour trouver le moyen de répondre positivement aux exigences de la Turquie.
Parallèlement aux objectifs économiques consistant à développer les exportations turques, la tournée de M. Erdogan en Afrique avait aussi un objectif politique précis : couper toutes les attaches de son principal adversaire, Fetullah Gulen, qui est accusé d’être à la tête d’un organisation terroriste laquelle a fomenté le coup d’Etat avorté de juillet 2016 en Turquie.
De la Somalie au Sénégal en passant par la Mauritanie, le Tchad, le Gabon, le Burkina Faso, Sao Tomé, la Guinée et le Niger, des accords ont été signés pour le transfert des établissements scolaires et centres de formation initiés Fetullah Gulen. « Jusqu’à présent, 18 écoles, 12 bâtiments et 10 dortoirs en Afrique ont été remis à la Turquie. », indique la presse turque, la semaine dernière.
Le même processus a été exigé par le président turque à Madagascar, apprend-on de source informée. La récente réunion à Paris avec les bailleurs de fonds à l’issue de laquelle on a reçu des promesses d’aides de 6 milliards de dollars et les différends de la Turquie avec les pays occidents ont peut-être conduit nos dirigeants à faire preuve de prudence, voire de réserve. Il n’empêche, un accord a été signé la semaine dernière entre le ministre de l’Education nationale, Paul Rabary, et l’ambassadeur de la Turquie à Madagascar, Volkan Turk Vural, sur l’enseignement privé.
Dans ce mémorandum, il n’est question, il est vrai, du transfert des écoles turques initiées par Fetullah Gulen à Madagascar, notamment les établissements Lumière International sis à Talatamaty. La page facebook de l’institution rapporte que les responsables turcs de Lumière International et des représentants des parents d’élèves ont rencontré le ministre Paul Rabary qui d’après d’autres sources, leur avait assuré qu’aucune décision de fermeture ne peut être prononcé contre les établissements Lumière International. Sur la place publique, le ministre de l’Education nationale avait d’ailleurs déclaré que son département n’a pas pour mission de fermer des écoles.
La suite on le connaît : la Police est entrée en jeu pour vérifier le visa des membres turcs du staff de Lumière International. Faute de visas, les dirigeants des centres d’éducation et d’hébergement scolaires sont incarcérés (puis libérés en vue d’une expulsion ?).
Tout cela ne serait sans doute pas que l’exécution d’ordres venus d’en haut lieu. A lire le mémorandum d’entente, les juristes du ministère de l’Education ont du reste pris toutes les mesures pour que le ministère ne soit pas tenu responsable des conséquences d’un éventuel accord politique sur lequel se seraient entendus Hery Rajaonarimampianina et Recep Erdogan, notamment la nationalisation des biens appartenant à des ressortissants turcs au profit de la Turquie.
A la suite de notre article de lundi, de nombreuses personnalités du pouvoir nous ont d’ailleurs soutenu qu’« avec tous les engagements pris avec les bailleurs de fonds et notre option politique et économique, le régime ne pourrait se permettre de passer des accords qui remettent en cause la notion fondamentale de la propriété privée ». Il n’empêche, le vice- président lui-même de la fondation turque annonce officiellement que les 3 établissements turcs seront transférés à Maarif à partir des septembre et qu’un autre sera construit à Mahajanga. Aux hautes instances d’une institution officielle chargée de vulgariser l’influence turque, le vice-président de Maarif ne peut être aussi con que les Malgaches en annonçant que les établissements turcs à Madagascar vont lui revenir. Si ce n’est un forcing, c’est quoi ?
Sa
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