Conditions carcérales: Le même enfer pour les prévenus et condamnés
Quelques semaines plus tôt, Claudine Razaimamonjy était tombée dans les pommes et a dû être hospitalisée dès la sentence comme quoi elle allait être mise sous mandat de dépôt ! Une telle réaction n’était pas très surprenante. Car les prévenus et les condamnés vivent le même enfer dans les prisons malagasy. Ils sont logés à la même enseigne puisque les prisons ne distinguent pas les prévenus des condamnés. Ils sont parqués sous le même toit. Ce qui veut dire que la présomption d’innocence n’est pas du tout respectée, comme le clame haut et fort le parti HVM dans l’affaire Razaimamonjy. Il faut aussi souligner que la promiscuité, génératrice de tous maux, est terrible dans les prisons de Madagascar : la capacité officielle du système pénitentiaire est de 10 355 places, alors que les prévenus et condamnés y sont au nombre de 22 000, d’après les dernières données du World prison brief datant de septembre 2016. Les prévenus représentent 53% de cette population carcérale ! Il arrive pourtant qu’ils soient maintenus longtemps en prison avant d’être jugés. Et les simples citoyens pauvres sont les plus affectés par ce problème. Ils n’ont pas de quoi payer pour bénéficier d’une sortie en catimini de la prison en soudoyant des responsables, ou encore pour une vraie fausse admission en milieu hospitalier pour jouir d’une certaine liberté…
Il faut souligner que le ratio de la population des prisonniers est de 88 pour 100 000 à Madagascar. Au Libéria, il est de 44 pour 100 000. Il est de 29 en République démocratique du Congo (RDC). Avec Madagascar, ces deux pays sont parmi les rares Etats à avoir enregistré un fort déclin en matière de PIB par habitant depuis les années 60. Cet indicateur mesure le niveau de développement. Pour les trois pays concernés dont Madagascar, il n’y a donc point de développement depuis les années de l’indépendance. Mais si la RDC et le Libéria ont connu des longues guerres civiles, la Grande Ile non. Malgré tout, elle croupit dans la misère et les prisons ne font pas exception. Pire, le pays affiche un ratio nettement plus élevé que la RDC et le Libéria en matière de population carcérale. Les conditions au sein de son système pénitentiaire laissent beaucoup à désirer. L’alimentation y est très pauvre car composée essentiellement de maniocs séchés. Si un prévenu ou un détenu n’a pas des parents à proximité de leur lieu de détention, il risque d’y mourir de faim et/ou de maladies diverses. Outre les maladies occasionnées par la faim, l’on peut aussi citer l’insalubrité des prisons et les effets néfastes de la forte promiscuité. En fait, les prisons de Madagascar sont un enfer où il est difficile, voire impossible de parler de droits de l’homme.
Fanjanarivo