Publié le 16 novembre 2022
Face au blocage imposé par l’Etat, freinant l’initiative d’entreprenariat des jeunes, ces derniers disent vouloir trouver le moyen de se passer de l’Etat pour démarrer leur propre entreprise.
L’Etat doit imposer un cadre juridique garantissant le bon fonctionnement des entreprises. Il est également garant de la facilitation de la création ou la reprise d’une entreprise en accompagnant les entrepreneurs dans l’allègement des taxes et des impôts. Dans le contexte post-pandémique actuel, l’Etat a pour devoir d’appuyer les entreprises dans le but global de relancer l’économie du pays.
Pourtant, l’Etat malgache ne montre aucune initiative d’accompagnement des jeunes entrepreneurs. C’est la raison pour laquelle ces derniers veulent trouver un moyen de se passer de l’Etat. L’idée d’entreprendre de façon informelle, mais suivant un cadre logique pour ne pas tomber dans l’illégal, commence à se répandre. Notons que 90% des emplois à Madagascar sont informels. Un secteur clé de l’économie que nous avons détaillé dans notre numéro d’hier, « Secteur informel : la force de l’économie malgache » (la Gazette de la Grande île N°5883).
L’un des domaines que les jeunes veulent exploiter est l’agriculture et l’élevage. Plusieurs chaînes de valeur y sont à valoriser. La transformation des produits ne nécessite pas de grands moyens. Aussi, cela permettrait aux agriculteurs de trouver des nouveaux acheteurs.
D’après un jeune originaire de Manjakandriana : « j’ai attendu longtemps à ce que l’Etat concrétise ses dires en nous octroyant du terrain et en facilitant la création d’entreprise. Je pars de zéro, donc je n’ai rien à exploiter. En ce moment, je cherche un moyen de me passer de l’Etat en travaillant avec d’autres jeunes et nous allons exploiter le blé à Manjakandriana ». Un avis que Mamy, un jeune de Nandihizana appuie : « Je suis diplômé de Master II en Droit. Pourtant, je n’ai pas trouvé de travail. J’ai choisi de revenir à la campagne et d’exploiter le commerce de mes parents. Je vais valoriser la saucisse d’Ambanitsena. On ne peut pas compter sur l’Etat pour nous appuyer. Il faut trouver un moyen de subsistance nous-mêmes. ».
La seule crainte de ces jeunes, c’est que l’Etat trouve toujours un moyen de leur voler une fois que leur affaire prend de l’envol. C’est pour éviter tous ces pièges que les jeunes de la Jeune Chambre Internationale, avec le club des jeunes entrepreneurs organisent un forum dédié à l’agriculture et l’élevage les 18 et 19 novembre prochains au Pavé à Antaninarenina. Une rencontre prenant en compte les agriculteurs et ayant un impact direct dans la production, contrairement aux discussions sans suite organisées par l’Etat.
Le secteur privé propose également une facilitation de l’entreprenariat des jeunes. Pour éviter le déplacement et faciliter les échanges, il est désormais possible de transférer directement de l’argent dans un compte Mvola vers un compte Baobab, et vice-versa. Un procédé facile qui ne nécessite aucun frais supplémentaire selon les responsables. Une forme de digitalisation facilitant les affaires. Une technologie dont on ne peut plus se passer.
Dans le contexte socio-économique actuel, les jeunes ne veulent plus attendre l’appui inexistant de l’Etat pour entreprendre. La formalité n’est pas indispensable pour contribuer à l’économie du pays. Avec l’augmentation incommensurable et brusque que l’Etat impose sur les taxes et les impôts, le climat des affaires à Madagascar n’est pas propice à la prise d’envol d’un jeune.
T. Berado