Étude de cas: Forêts humides de l’Antsinanana (Madagascar) – un réservoir de bois de rose répondant à la demande illicite de la Chine

Les Forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar) abritent certaines des forêts les plus vierges de la planète, en plus d’écosystèmes absolument uniques. Composé de six parcs nationaux, le site s’étend sur pratiquement 500 000 hectares, soit l’équivalent de la superficie de Brunei. 80 % de l’ensemble des groupes animaux et végétaux qui y vivent sont propres à ce site classé au Patrimoine mondial : au total, le site abrite 12 000 espèces de plantes endémiques, dont de bois de rose et d’ébène, ainsi que plusieurs représentants des lémuriens, comme le propithèque soyeux et la civette malgache, et des oiseaux menacés, tels que le firasabé de Madagascar et l’effraie de Soumagne.

L’exploitation forestière illégale de bois de rose et d’ébène a conduit à l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2010. Depuis une décennie, l’exploitation forestière illégale constitue un problème majeur dans les Forêts humides de l’Atsinanana. À son paroxysme, l’abattage illégal du bois de rose concernait 200 à 300 m3 par jour dans les parcs nationaux de Masoala et de Marojejy. Par le passé, Madagascar a tenté à plusieurs reprises de porter un coup d’arrêt à l’exploitation illégale, notamment en décrétant l’interdiction complète de toute forme d’exploitation en 2006, puis un embargo sur les exportations en 2010. Ces mesures se sont néanmoins révélées inefficaces, puisque l’on évalue à environ 350 000 le nombre d’arbres, en particulier d’essences fournissant le bois de rose, abattus entre 2010 et 2015 dans les aires protégées, pour l’essentiel sur le territoire du site du Patrimoine mondial. Depuis 2010, au moins 1 million de grumes (soit approximativement 150 000 tonnes) ont été exportées illégalement depuis Madagascar.

Le bois de rose illégal est avant tout importé par la Chine, malgré l’interdiction complète de la CITES de son commerce par Madagascar en 2013. Cette année-la, toutes les populations malgaches d’espèces précieuses de bois d’œuvre ont été inscrites à l’Annexe II de la CITES et Madagascar a accepté un

quota d’exportation zéro. L’interdiction n’en empêche pas moins la Chine de continuer à importer du bois de rose, puisque la proportion de grumes illégales importées dans le pays est évaluée à plus de 95 %. Les estimations suggèrent que la Chine a reçu au total 50 000 tonnes de bois de rose exploité illégalement pendant la période 2013-2016, pour un montant de 1,25 milliard d’US$.

Faute d’être enrayés, l’exploitation forestière illégale et le commerce du bois de rose vont détériorer la valeur universelle exceptionnelle du site et les bénéfices qu’elle procure aux riverains. L’exploitation forestière illégale occasionne une dégradation forestière rapide sur le territoire du bien et ouvre de plus en plus de brèches dans des zones boisées auparavant inaccessibles. Résultat, on assiste non seulement à une intensification du braconnage des espèces endémiques, comme les lémurs, mais aussi et surtout à la remise en cause de la capacité du site à fournir des services écosystémiques aux 100 000 individus

vivant à sa proximité. La déforestation s’accompagne en effet d’une érosion des sols (dont une fraction se déverse dans les rivières et les ruisseaux et fait ainsi baisser la qualité locale de l’eau), réduit la capacité de stockage du carbone par les forêts, et accroît la probabilité d’inondation et de glissement de terrain.

L’exploitation forestière illégale prive en outre les communautés locales de précieuses ressources, d’autant qu’en fin de compte, moins de 1 % des bénéfices tirés de cette activité restent dans le pays. De fait, la plus grande part des bénéfices sont non régulés, non taxés et enrichissent un cercle restreint de « barons du bois » au lieu de contribuer au financement de la santé, de l’éducation et d’autres services publics utiles participant au développement national.

Les Forêts humides de l’Atsinanana bénéficient d’une attention soutenue de la part du Comité du patrimoine mondial, de la CITES et d’autres organismes internationaux, mais il en faudra plus pour y faire cesser le commerce illégal. En 2014, la CITES, par la voix de son Secrétaire général, s’est engagée à apporter son concours et a appelé à une action accrue de la part des organismes internationaux dans la lutte contre le trafic du bois de rose. Parmi les entités concernées, figurent le Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) et une Équipe d’appui en cas d’incident lié aux espèces sauvages (WIST) dirigée par Interpol. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont quant à eux conduit une mission de suivi réactif sur le site en 2015, tandis que le gouvernement norvégien a accordé 1 million d’US$ à Madagascar aux fins de financer un plan d’urgence pour le site. Aussi louables que soient ces actions, les rapports établis en 2016 indiquent que l’exploitation forestière illégale se poursuit dans les aires protégées. Aux mois de juin et juillet passés, entre 60 et 100 tonnes de bois de rose auraient été exportées de Madagascar. Pour porter un coup d’arrêt au commerce illicite, Madagascar n’a d’autre choix que de mettre en œuvre un système de suivi des essences de bois d’œuvre qui permette à la fois de déterminer les espèces prélevées et d’évaluer les stocks sur pied en vue de fixer un taux d’exploitation durable.

Sources :

Rapport « Mettre un terme au commerce illégal des espèces classées à la CITES  sur les sites du patrimoine mondial »

WWF International

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Commentaires   

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