15%. C’est le taux d’électrification à Madagascar. Le continent africain dans son ensemble affiche toutefois un taux de 35% selon les données de la Banque mondiale. Cette institution remarque un lent progrès au niveau du continent car le taux d’accès à l’électricité en Afrique est passé de 32% en 2010 à 35% en 2012. Ce qui correspond à environ 25 millions d’habitants supplémentaires raccordés à l’électricité par an. Cette croissance est loin de suivre celle de la démographie selon la Banque. Mais celle-ci remarque que le continent est en train de rattraper ses retards. Elle signale que certains pays comme l’Ethiopie, le Nigeria et l’Afrique du sud sont parmi les champions mondiaux de l’électrification entre 2010 et 2012. Au Mali, au Rwanda et en République du Congo, le taux d’électrification a été plus rapide que l’accroissement de la population. A Madagascar, la situation est loin de rejoindre celle du continent. Le pays est carrément à la traîne avec un taux 2 fois moins que celui de l’Afrique. Puis, le redressement de la Jirama peine à avancer. Il serait même question de refaire l’audit des contrats liant cette société nationale à ses nombreux partenaires dont les fournisseurs d’électricité, les loueurs de groupes, les compagnies pétrolières… De quoi donner du temps aux entreprises aux contrats juteux qui spolient la Jirama depuis des décennies.
Quant aux grands projets hydroélectriques, le processus d’appels d’offres n’en est qu’à ses débuts. Ce qui veut dire que le pays devra encore attendre non moins de 10 ans pour voir émerger des grandes installations hydroélectriques. En fait, les dirigeants successifs manquent de vision pour le secteur énergie. Seul Didier Ratsiraka qui, malgré son utopie de révolution socialiste et ses investissements à outrance ayant amené au surendettement du pays, a construit la grande centrale hydroélectrique d’Andekaleka. Depuis, l’Etat n’a réalisé aucune infrastructure énergétique de cette envergure, d’autant plus que son désengagement de la production a été exigé du FMI et de la Banque mondiale depuis les programmes d’ajustement structurel des années 80 et 90. Les autorités concernées successives ont donc perdu du temps dans des discussions stériles sur la nécessité de faire passer l’offre énergétique avant la demande ou vice-versa.
La demande annuelle d’environ 10%. Mais l’investissement ne suit pas l’évolution de cette demande. Malgré la libéralisation du secteur, l’Etat n’a pas déployé tous les moyens pour attirer les investisseurs. Le résultat est catastrophique : le taux d’accès à l’électricité demeure faible et le service fourni par la Jirama est de mauvaise qualité à cause des coupures et délestages. Le pays est même dernier de la liste en termes de raccordement à l’électricité suivant le classement du Doing business 2016 de la Banque mondiale. Il dispose de toute une montagne de potentiels miniers, pétroliers, touristiques et autres, mais l’électricité est un des freins à l’investissement. Tous les grands projets industriels peuvent ne pas vouloir investir dans l’infrastructure énergétique comme l’ont fait les deux grands projets miniers installés dans le pays. Rappelons que l’Afrique est au cœur de l’un des Objectifs de développement durable (ODD) pour l’horizon 2030, qui vise à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable à l’horizon 2030. Madagascar risque de rater le coche une fois de plus.
Recueillis par Fanjanarivo