Jirama: Le président se plie devant le FMI !
Alors que le pays subit une sécheresse sans précédent, le cyclone s’est abattu sur la Jirama. Le conseil des ministres a, en effet, décidé hier de dissoudre le Conseil d’administration de la compagnie nationale d’eau et d’électricité qui sera désormais dirigé par un administrateur délégué après le limogeage du directeur général. Le nouveau patron de la Jirama est Lanto Rasoloelison. Ce n’est pas une personnalité nouvelle dans la planète Rajaonarimampianina.
Lors de la candidature surprise de l’actuel chef de l’Etat, c’est Lanto Rasoloelison qui a été nommé ministre des Finances pour le remplacer. Economiste de formation moulé dans la même faculté que Hery Rajaonarimampianina, il forge ses armes au sein de ce ministère sous Tantely Andrianarivo. Le président élu le récompense de son intérim en le nommant président de la Sonapar, la société de participation de l’Etat. Malgré tout l’estime qu’on lui porte, Lanto Rasoloelison ne peut cependant faire des miracles.
Le problème de la Jirama est en effet simple : l’Etat l’empêche d’appliquer la vérité des prix. Les syndicalistes n’ont cessé de le dire : la Jirama vend à 500 ar le kwh qu’elle produit à 900 ar. Même le président de la République reconnaît cette perte structurelle. Au lieu et à la place de régler ce problème en accordant les subventions permettant de combler les pertes et de faire ainsi face au délestage, le régime Rajaonarimampianina n’a trouvé autre chose que de limoger les dirigeants de la Jirama.
N’en déplaise au chef de l’Etat, lui et ses sbires dont les ministres des Finances et de l’Economie se sont pliés devant le FMI et la Banque mondiale. C’est en effet depuis 2014 que le FMI a exigé, dans le cadre de la Facilité de Crédit Rapide, le remplacement des organes de gestion de la Jirama jugés incompétents. Lors de la reconduction de ce crédit et son extension en Facilité Elargie de Crédit, les pressions se font de plus en plus fortes. Pour sa part, la Banque mondiale a posé les mêmes exigences dans le cadre du projet Pagose qu’elle finance à hauteur de 65 millions de dollars.
Pour 65 millions de dollars de la Banque mondiale, l’autorisation de déblocage des subventions par le FMI et la mort assurée de la Jirama, le président Rajaonarimampianina a donc accepté de satisfaire les exigences. L’ancien ministre des Finances de la Transition qui a accepté de signer un crédit de 42 millions de dollars au nom de Madagascar sans qu’un seul dollar transite dans les caisses de l’Etat pour soi-disant lutter contre le trafic de bois de rose avec les résultats que l’on sait a peut-être les pieds et mains liés. Mais le sortant de la faculté d’économie de Madagascar et de surcroît président de l’association des étudiants en économie devrait connaître l’histoire économique de Madagascar dont notamment la loi de 1998 exigées par la Banque mondiale en contrepartie d’un important crédit qui libéralise le secteur électricité et interdit à la Jirama de faire de nouveaux investissements.
C’est sur la base de cette loi que les producteurs privés d’électricité foisonnent en appliquant de « vrais prix ». C’est aussi en vertu de cette loi que les 65 millions de dollars que les générations futures doivent rembourser, sont confiés non pas à la société nationale Jirama mais à une entreprise privée. L’appel d’offres fait par la Banque mondiale a abouti à la sélection de la société Tractebel. Une simple recherche sur la toile permet de savoir que cette compagnie fait partie du même groupe international Energie auquel appartient l’allemande Lahmyer International. Cette dernière n’est autre que celle avec qui Marc Ravalomanana a confié la gestion de la Jirama en janvier 2005. Les factures ont décuplé et les services de plus en plus médiocres avec l’aggravation des délestages et la multiplication des producteurs privés d’électricité. Nos dirigeants sont-ils aussi idiots pour ne pas comprendre le jeu des bailleurs de « fond » ?
Toujours est-il que ce n’est pas en changeant de dirigeants qu’on pourra régler le délestage. Courage Lanto !
Salomon Ravelontsalama
Commentaires
La notion de VERITE DE PRIX , telle qu’elle est appliquée, reste une pure manipulation de l’économiste politique.
La VERITE DE PRIX REELLE doit être basée et évaluée sur la la valeur énergetique de la marchandise commercialisée !
Le délestage est un produit fini de la transition et du régime hery Rajao. Il ne faut pas confondre le riz avec les petits cailloux
J’aimerais revenir sur une des phrases de votre article : ” Le problème de la Jirama est en effet simple : l’Etat l’empêche d’appliquer la vérité des prix. Les syndicalistes n’ont cessé de le dire : la Jirama vend à 500 ar le kwh qu’elle produit à 900 ar.”. Je pense que vous faites une légère erreur de diagnostic même si je partage votre avis que le problème de la JIRAMA est “simple”. La verité des prix ne doit pas être cherchée sur le prix de vente à 500 ar par kW mais sur le prix de production à 900 ar par kW. En effet, si on prend comme référence les prix de production en France et à Chypre publié par exemple par EDF ou Eurostar, un kwh coute autour de 340-380 MGA/Kwh, ce qui permet de faire du profit avec le prix de vente imposé par le gouvernement sans aucune subvention. Vous devriez vous interroger en tant que journaliste : pourquoi JIRAMA produit à un cout presque 3 fois plus élevé alors que Chypre et la France achètent aussi leur pétrole.
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