édito: Quitte ou double ?
A croire les engagements de l’Etat, la lutte contre la corruption serait cette fois-ci effective. Bianco retrouverait ainsi la place qu’elle devait occuper depuis sa création. Son budget a été augmenté et sa structure renforcée malgré ce nouveau départ, le Bianco est fortement handicapé par sa mauvaise réputation.
Les responsables de cette entité en charge de la lutte contre la corruption le savent et s’attelent aujourd’hui à redorer son blason. Une vaste campagne de sensibilisation est engagée.
C’est dans ce cadre qu’un sketch est diffusé sur les petites stations de radio. Basée sur le trafic de bois de rose, la petite pièce théâtrale illustre bien l’assignation avec la résignation de la population, les promesses de l’Etat qui convainquent difficilement que la situation va changer. Certains des acteurs font remarquablement commenter que, même si des subdivisions du Bianco poussent un peu partout dans l’île, les spécialistes de la corruption arriveront toujours à passer les mailles de la justice. J’aurai eu honte en entendant ce sketch si j’étais magistrat. Et si jamais, un de ces derniers fait convenablement son travail, les trafiquants de bois de rose tout comme les auteurs de malversations ne feraient qu’une escale dans les prisons, continue-t-on d’entendre dans la petite pièce théâtrale.
Finalement, cette pièce qui viserait d’une part à la population à dénoncer n’importe quel fait de corruption, et d’autre part à croire à la lutte contre la corruption dont le Bianco en est un socle, renforce dans les esprits de la population le sentiment d’injustice vécu au quotidien. Est-ce une des explications de la recrudescence dangereuse des actes de justice populaire ? Toujours est-il que la meilleure campagne de sensibilisation et de mobilisation serait des actes concrets sur le terrain.
Au niveau de la procédure d’abord, peu ou prou de personnes respectent le Bianco (et le Samifin) qu’à leur statut le confine dans la structure administrative, les jugements et les sanctions sont uniquement du ressort de la justice, aussi ne serait-il pas surprenant qu’en 2016, 4 600 personnes seulement ont fait leur déclarations de patrimoine sur un total de 13 014 qui devraient le faire. Et pourtant, ces milliers de récalcitrants savent que selon la nouvelle loi sur la corruption, adoptée en 2016, le défaut de déclaration de patrimoine peut valoir 6 mois à 5 ans d’emprisonnement ferme et/ou 50 à 200 millions d’ariary d’amendes.
Les ministres, députés, directeurs généraux des ministères et des sociétés, des officiers généraux et les différents notables n’ont malheureusement rien à cirer de ces dispositions parce que l’entourage du président Rajaonarimampianina donne le ton. Qui ne se souvient pas de l’affaire Claudine Razaimamonjy qui n’a pas daigné répondre à la convocation du Bianco sur l’affaire de la mairie d’Ambohimahamasina ? Qu’a fait le Bianco (Samifin) d’une plainte déposée contre le DG de l’ACM, James Andrianalisoa, sur les comptes de sa société parisienne qu’il a mis au secret ? Où est passé le scieur bécasse, le petit baron du bois de rose que le régime a théâtralement conduit à l’échafaud avant de le faire disparaître dans le parfum des îles vanilles ? Et que dire du scandaleux contrat de concession de l’aéroport d’Ivato et de Nosy be contre lequel des entités de la société civile déposeraient incessamment une plainte officielle pour corruption.
Ces exemples sont à la fois une interpellation et une épée de Damoclès sur la tête du Bianco qui joue aujourd’hui au quitte ou double. Soit ces actions dans le futur immédiat arriveront à convaincre enfin la population, soit la lutte contre la corruption est foutue comme…Fillon !
Sa