Intégration régionale: Sabotée par des intérêts particuliers !
L’huile alimentaire venant du Kenya est nettement plus chère que celle provenant de la Malaisie. Même s’il faut mettre en avant l’éventuel manque de compétitivité des produits kenyans, cette situation est tout simplement difficile à croire. En effet, les produits issus de la Malaisie doivent être acheminés sur un long parcours et doivent, par la même occasion, payer des frais d’assurance plus élevés. Rien que sur ces deux postes de dépenses donc, ces produits devraient afficher des prix nettement plus chers que ceux du Kenya. Ce pays est pourtant tout proche de Madagascar et le fret n’est pas plus cher que pour le trajet Malaisie-Madagascar. Ainsi, l’intégration régionale de l’économie malagasy n’est qu’un vain mot. En fait, des opérateurs dénoncent le quasi-monopole de l’importation de certaines denrées alimentaires (huile alimentaire, sucre, etc.) par une poignée d’importateurs. De plus, ces derniers semblent être privilégiés de manière illégale par des hauts responsables étatiques. Ce privilège serait sous forme d’exonérations fiscales et/ou d’entrées frauduleuses de marchandises, c’est-à-dire la production de fausses déclarations au niveau des frontières ou encore les ventes sans facture.
Ce n’est donc pas étonnant si les produits concernés, même provenant de pays lointains, affichent des prix compétitifs. Ces pratiques mafieuses ne peuvent que nuire à plusieurs secteurs. Ainsi, l’économie du pays est loin d’être intégrée aux blocs régionaux. Les importations de Madagascar en provenance des pays du COMESA, de la SADC et de la COI ont été respectivement de 12%, de 6,9% et de 5,5% du total des importations en 2012. Pour les exportations, elles représentent pour la même année 5,3% pour le COMESA, 3% pour la SADC et 3,1% pour la COI. Ces données du Plan national de développement (PND) montrent à quel point l’économie malagasy est très peu intégrée aux blocs régionaux. Si le climat des affaires n’est pas tellement propice à l’expansion au niveau des régions, un autre facteur plus important vient s’y greffer pour aggraver la situation. Il s’agit de ce sabotage économique perpétré par une poignée d’importateurs qui ne peuvent opérer sans la complicité et donc sans la corruption de hauts responsables. Or, l’intégration régionale est l’un des leviers pour développer les échanges et donc pour booster la production locale et par ricochet les investissements et la création d’emplois.
Puis, les opérateurs et industriels qui se plient aux obligations fiscales et administratives sont pénalisés par le dumping exercé par ces importateurs qui ont bel et bien des entreprises formelles. Seulement, celles-ci ne le sont pas tout à fait puisqu’elles ne paient pas une bonne partie de leurs obligations fiscales. Voilà l’une des raisons pour lesquelles le taux de pression fiscale de Madagascar est parmi les plus bas en Afrique. Certes, l’informel domine le paysage économique mais il ne concerne pas que les petites activités exercées souvent par des agents économiques pauvres. Ainsi, de gros importateurs milliardaires et de mèche avec des hauts responsables, ne paient pas tout ou partie de leurs obligations fiscales et douanières.
Fanjanarivo