Lutte contre la drogue: Des sanctions parmi les plus insignifiantes
La loi sur le contrôle des stupéfiants est vielle de 20 ans cette année. Il s’agit, en effet, de la loi n°97-039 de 1997. Depuis, la consommation de stupéfiants dont le cannabis tend beaucoup à augmenter chez les jeunes. Autrement dit, le commerce de ce produit prend de l’ampleur et c’est en partie à cause de cette loi qui date. La Commission interministérielle de coordination de la lutte contre la drogue (CICLD) créée en septembre 1998 entend maintenant élaborer des propositions pour réviser cette loi. Elle affirme que les sanctions prévues par ce texte sont parmi les plus légères au monde. Les contrôles ne peuvent donc que déboucher sur des sanctions qui ne peuvent même pas faire ciller les trafiquants. Le CICLD envisage aussi d’étendre le contrôle sur le port d’effets vestimentaires qui font la publicité de stupéfiants. Dans la capitale en effet, des jeunes arborent des T-shirts estampillés de l’image de feuilles de cannabis bien étalée sur leur torse et en grand format. Or, la consommation de cannabis prend de l’ampleur car selon un centre de désintoxication, elle concernerait jusqu’à 73% des jeunes et adolescents. D’après la thèse de doctorat de Befinoana de l’institut d’odontostomatologie de l’université de Mahajanga soutenue en 2010, la consommation d’alcool à Madagascar concerne également une large catégorie d’âge allant de 9 à 64 ans et sans distinction de sexe.
De plus, 75% des jeunes entre 15 et 19 ans de la classe de 3ème boivent de l’alcool selon une étude réalisée par le centre de cure en alcoologie. Ces données rapportées dans cette thèse soulignent par ailleurs, que 65% de ces jeunes sont des enfants de buveurs. Ainsi, le comportement des parents influe beaucoup sur celui de leur progéniture, même si le dicton malagasy dit qu’est fou celui qui se ressemble à son père. Quoi qu’il en soit, la proportion de jeunes qui prennent du cannabis ou de l’alcool, est très élevée. Les contrôles devraient donc être plus stricts et les infractions assorties de sanctions lourdes. Sinon, 7 jeunes sur 10 sombreront dans les affres de ces drogues. Et ce problème se traduit par des mauvais résultats scolaires ainsi que par des comportements agressifs. Quand on y ajoute la pauvreté, le pays ne peut espérer avancer même s’il se dote d’une politique socioéconomique la plus pertinente au monde. Ainsi, la lutte contre les stupéfiants est cruciale. En attendant la révision de la loi, il faut quand même noter que des contrôles effectués quelques mois plus tôt dans des quartiers chauds de la capitale, ont débouché non pas sur l’arrestation des trafiquants, mais sur des menaces contre les parents de jeunes ayant pris du cannabis.
En réalité, des forces de l’ordre ont exigé des parents une somme atteignant jusqu’à 600 000 Ar pour éviter à leurs enfants d’être arrêtés. C’est pourtant l’équivalent du revenu des pauvres pour plus de 3 mois ! Or, la plupart des jeunes qui prennent du cannabis sont issus de familles de pauvres. Les parents concernés ont donc opté pour l’endettement auprès des amis et proches, sans parler du stress supplémentaire créé par ce problème. Comme quoi, si la loi a besoin d’être sérieusement toilettée, la lutte contre la corruption au niveau des forces de l’ordre est une autre paire de manche.
Fanjanarivo