CHRONIQUE de N. RAZAFILAHY: Réconciliation ne veut pas dire impunité
L’audience solennelle de la prestation de serment des magistrats nouvellement admis au sein du ministère de la Justice hier, a été l’occasion de rappeler à tout un chacun justiciable comme responsable étatique, l’importance de l’indépendance de la justice. La cérémonie d’hier marquera la carrière de ces nouveaux fonctionnaires appelés à juger conformément à la loi avec droiture et sans parti pris. Ils peuvent chacun entonner un refrain des années 60 qui dit ceci : « Pour moi, la vie va commencer… ». La grande question de conscience sera de choisir : dans quel sens ?
Si dans le texte de la formule consacrée pour le serment, ils auront pour obligation légale et morale de ne pas faire de distinction et de discrimination dans les décisions à prendre, la blague d’un de leurs aînés, un peu farceur ajoutera : « qu’il ne faut pas aussi tenir compte de la différence entre les fortunes des parties en procès »…Sous-entendu éviter la corruption. Les bonnes intentions animent l’âme vierge des profanes en principe, mais c’est au fil des ans et sous la pression des oppresseurs que les convictions se perdent…Malgré les vœux et les souhaits très poétiques du Procureur Général de la Cour Suprême très doué et d’un réel talent pour la versification, il faut le reconnaitre, la vie professionnelle des magistrats ne rime pas toujours avec le respect des lois et leur intime conviction à cause des ingérences externes et de l’instrumentalisation diabolique de leur juridiction par les caciques du pouvoir exécutif et leurs corrupteurs.
A propos justement de l’impunité, ce cauchemar quotidien du corps de la magistrature, le public doit comprendre que très souvent les juges sont des « rouges en dessous des plus rouges qu’eux… ». Il faut entendre par-là la couleur de la toge… Comprenne qui voudra, mais c’est là réalité dans n’importe quel pays du monde. Lorsque la raison d’Etat et des autres raisons d’une bassesse déplorable pèsent sur l’un des plateaux de la balance, il faut se résigner à supporter la
« Vérité » mais rien de la vérité… Les exemples ne manquent pas et ces derniers temps, les occasions ont permis à l’opinion que malgré les efforts des juges de faire correctement leur honorable métier, les mauvais esprits trouvent toujours les moyens de contourner la loi dans les intérêts de ceux qui vivent de l’enrichissement illicite et du pillage des deniers de l’Etat. Si des malfaiteurs notoires s’accrochent à l’avènement et l’éventualité des mesures de tolérance d’une réconciliation nationale, il y a lieu pour tous de bien faire la différence entre l’impunité honnie et le sens du pardon. Notre pays n’a pas connu les drames de la guerre de sécession comme aux Etats-Unis, mais il serait pratiquement injuste que les responsables de ce pays ne tiennent pas compter de la dignité des milliers de victimes des abus criminels d’un régime qui en 2002 a dressé les compatriotes les uns contre les autres jusqu’à des massacres. Il fut un temps où pour des raisons bassement politiciennes, une partie de la population était exclue de la gestion des affaires nationales. C’était l’époque où l’ensemble des institutions et des organes de la société étaient soumis à la volonté et l’autorité despotique malfaisante d’un seul homme arrivé au pouvoir par la ruse et l’auto proclamation. Le cas du pouvoir raciste en Afrique du Sud pourrait servir d’exemple et la suite des évènements sous la houlette de Mgr Desmond TUTU serait la voie idéale si on veut vraiment arriver à faire la paix entre les citoyens de ce pays. Il y des compensations morales et matérielles à faire. Il faut surtout des condamnations exemplaires auxquelles personne n’a le droit de se soustraire. Suivez mon regard. Tant que le courage politique et la détermination font défaut au niveau des décideurs étatiques, on aura toujours droit à ces sursauts de violence qualifiés de manière erronée « vindictes populaires ». Et c’est toute la justesse de ce constat des observateurs de SEFAFI qui dénonce avec courage que : «Victime impuissante, la population n’a d’autre solution que de se révolter périodiquement contre une classe politique qui la paupérise et qui la méprise, sans jamais se remettre en question elle-même. Car ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui l’étaient déjà sous les régimes précédents, et ceux qui n’y sont plus ne songent qu’à reprendre leur place perdue…»
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