Insécurité : une étrange manière de connaître le pays

Bon nombre de Malgaches ne sont jamais sortis de leur coin, bon nombre de Malgaches ne connaissent pas les six provinces. Beaucoup ne connaissent pas les 22 régions et encore moins les districts. Au fond les habitants de Beroroha ne connaissent pas forcément Toliara et encore moins Antsiranana, ils sont oubliés là-bas au loin et leurs compatriotes découvrent qu’ils existent, que leur commune ou district existe lorsqu’il y a des drames qui les frappent.

Au delà du fameux ” je suis Beroroha”, il en est de même pour tous ces endroits où il y a ces derniers temps des cas de vindictes populaires. Aujourd’hui, ceux qui sont au fin fond du sud de Madagascar, quelque part là-bas à Gorogoda ont appris que un lieu dit Mangalaza à Ambatondrazaka existe et que là-bas on ” peut” mourir de manière atroce si on vole des oies. Aujourd’hui ceux qui sont à l’extrême nord d’Antsiranana, quelque part là-bas à Mahatsinjo ont découvert qu’on “peut” tuer une vieille dame là-bas dans un lieu dit Mananjary pour une raison qui semble s’apparenter à du syncrétisme religieux. Aujourd’hui ceux qui vivent là-bas à Ambohidrangory  découvrent que les forces de l’ordre paraissent faibles car elles “peuvent” être tuées par une foule en furie dans un lieu dit Befandriana Nord. Aujourd’hui  ceux qui vivent au cap Sainte Marie découvrent que les « vazaha » pouvaient être brûlés vifs sur une plage.

Aujourd’hui surtout après toutes ces informations qu’ils entendent, qu’ils lisent, pas une seule fois, ils n’ont entendu que les auteurs ont été envoyés en prison pour un temps très long. Bizarrement, à quelque chose malheur est bon, les Malgaches découvrent leur pays à travers des noms d’endroits jamais entendus ou peu entendus, des endroits où se sont produits ces actes de vindicte populaire.

Aujourd’hui, ces ” lieux dits” parfois, ces communes, ces fokontany, ces districts sortent de l’ombre et leurs dénominations évoquent des actes graves désormais. Aujourd’hui, on a envie d’avoir tous une grande carte de Madagascar pour pouvoir repérer ces différents endroits et aujourd’hui lorsqu’on arrive à trouver cette carte de Madagascar on découvre ces endroits, l’accès à ces endroits et on comprend que celui de Gorogoda n’ait jamais entendu parler d’Ambatondrazaka et vice versa…et que ceux de la capitale ne sachent pas où se trouve Gorogoda. Le mutisme des responsables étatiques, ou leur condamnation à voix fluette signifie-t-elle qu’ils attendent d’autres actes de vindictes populaires pour que finalement on entende parler de toutes les communes existantes à Madagascar et permettre enfin à tous les Malgaches d’entendre parler de toutes les communes existantes dans le pays?

Claude Rakele

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