Jirama: Le futur DG ne résoudra pas la crise !
Le recrutement du futur directeur général de la Jirama ne se fera pas de gré à gré comme sous Ravalomanana lorsque ce dernier a décidé d’embaucher un expatrié pour faire face à la crise de cette société nationale au milieu des années 2000. C’est donc un bon point pour le régime actuel d’engager un cabinet international pour décortiquer les candidatures des prétendants à ce poste. Seulement, la nomination d’un nouveau DG, qui qu’il soit, ne résoudra pas la longue crise de la Jirama. Cette société fait face à d’innombrables problèmes dont certains sont chroniques. Citons ses statuts obsolètes qui l’obligent même à opérer en hors-la-loi si l’on se réfère à la loi sur les sociétés commerciales. En effet, la Jirama évolue toujours sous l’ordonnance n°075-027 du 17 octobre 1975 modifiée par le décret n°2008-971 du 20 octobre 2008. Comme toute société commerciale, elle doit pourtant changer de statuts pour se conformer à la loi sur les sociétés commerciales promulguée en 2004. Cette loi donne aux sociétés constituées antérieurement à ce texte de changer leurs statuts dans un délai de 3 ans après la publication de ladite loi dans le Journal officiel. Mais 13 ans plus tard, l’Etat unique actionnaire donne le mauvais exemple en s’entêtant à garder les statuts obsolètes de la Jirama.
Toutefois, ces statuts sont parmi les facteurs qui favorisent l’opacité de sa gestion et donc la mauvaise gouvernance de cette entreprise publique. La Jirama ne publie pas ses comptes. Et l’on se rappelle que sous la transition, des autorités du Trésor public n’ont guère réussi à obtenir de la direction générale de la Jirama des informations financières sur la société. Le Trésor est pourtant le représentant ès qualité de l’Etat au niveau des sociétés à participation de l’Etat. Seulement, les statuts actuels de la Jirama lui offrent l’occasion d’éviter la transparence de sa gestion. Certes, cet établissement à participation de l’Etat n’est pas le seul à évoluer ainsi, mais il est trop plongé dans la crise pour continuer à poursuivre dans cette voie. Rien que pour les 10 premiers mois de 2016 par exemple, les pertes issues de la différence entre la production et la consommation d’électricité valent plus de 205,7 milliards Ar. Ce chiffre est tiré du tableau de bord économique de l’Institut national de la statistique (INSTAT) qui établit la production à 1 512 838 000 kWh pour une consommation de 1 008 467 000 kWh, soit une différence de 504 371 000 kWh. Le prix moyen est de 408 Ar/kWh.
En 2015 sur la même période, les pertes entre la production et la consommation sont de 178,3 milliards Ar pour 469 420 000 kWh perdus et un prix moyen de 380 Ar/kWh. Ainsi, les pertes augmentent beaucoup. Les méga-subventions allouées à la Jirama aussi. L’entreprise a bénéficié de 290 milliards Ar en 2016, contre des pertes de 205,7 milliards Ar rien que pour l’électricité. Mais il faut y ajouter les vols d’électricité et de carburant, le non-paiement de factures qui selon le premier ministre concerne jusqu’à 40% des factures émises par la Jirama ! Et l’on ne doit pas oublier les nombreux contrats entre la Jirama et ses partenaires privés qui la spolient grandement. Rappelons que sous Ravalomanana, le DG ayant précédé l’expatrié au salaire plus élevé que celui de Nicolas Sarkozy à l’époque, a bien voulu engager des mesures d’assainissement musclées. Mais il a été renvoyé illico presto. Le futur DG aura-t-il assez de poigne pour contrecarrer les pratiques de mauvaise gouvernance orchestrées par son propre et unique actionnaire qu’est l’Etat ? Il faudra attendre pour voir.
Fanjanarivo