REGARDS CROISES: Entre déclarations et réalisations, un « nid de poule » abyssal
Nous parlons hélas de « ces » projets de réhabilitation des routes, certes vastes chantiers ; l’état des lieux en 2014, statistiques officiels, indiquait que 10% de routes tracées étaient en bon état, 28% étaient dans un état moyen et 64% étaient en mauvais état sur un linéaire routier de 32 000Km (50 000km dans les années 60) ; cet état des lieux indiquait également que la proportion des communes accessibles toute l’année était passée de 63% à 40% entre 2011 et 2013. Un dernier indicateur, celui de la Banque
Mondiale : le pays a perdu en moyenne environ 1 000 km par an par manque d’entretien et de maintenance. Quant aux projets de désenclavement pérenne par l’amélioration du maillage routier, une autre réalité, ils seront passés sous silence dans cet article …
Qu’en-est-il de la reconstruction de Madagascar, vision du Président de la République partagée avec la population malgache pendant la campagne électorale, vision réitérée et remise en mots dans la déclaration solennelle d’investiture du 25 janvier 2013, vision programmée dans le document de Politique Générale de l’Etat (PGE), selon la Constitution article 55 alinéa 6.
« La présente Politique Générale de l’Etat, définie suivant les orientations du Président de la République, vise à bâtir une société malgache moderne et prospère, respectueuse de la dignité humaine et des droits de l’homme. »
Ce document rappelle dans son contenu :
1. La réalisation d’un état des lieux qui donne l’image et la situation du pays à l’heure actuelle tant sur le plan économique, social qu’environnemental ;
2. Une fois la problématique dégagée à travers l’état des lieux, la définition des choix stratégiques, lesquels sont exprimés en Défis à relever sur lesquels sont greffées les orientations stratégiques de l’Etat.
Certes, le capital routier est un bien qui se déprécie du fait de l’usage, du temps et des intempéries climatiques ; mais dans l’exercice de l’accélération de la croissance, le rôle du gouvernement est de procéder régulièrement à l’entretien, au renouvellement de ces infrastructures pour que les investissements publics jouent leurs rôles dans l’économie globale, et dans le cadre des ODD. La réalité semble toute autre à Madagascar au vue des actualités et de l’état des lieux des travaux d’infrastructure routière au niveau des réalisations, des projets en cours, des projets reportés aux calanques grecques ou à la campagne électorale 2018. Une question cruciale est de définir la responsabilité réelle et exacte de l’Autorité routière de Madagascar (ARM) en charge de la gestion du réseau ? Les « couacs » dans ce domaine sont-ils dus au fait qu’elle soit sous tutelle donc par définition ne dispose pas d’autonomie ou qu’il existe des problèmes réels de compétences ? Une question sur laquelle le gouvernement doit se pencher en priorité, une autre priorité hélas, ne serait -ce que pour deux raisons puisque Madagascar dispose d’un des taux de ratios recettes/Pib les plus faibles dans le monde et dépense la majeure partie de ses revenus sur les salaires du secteur public et les dépenses de fonctionnement et puisque la gouvernance est une contrainte majeure pour la croissance économique soutenue, inclusive et élevée du pays. Nous occulterons délibérément les impacts du népotisme et de la corruption.
Les dépenses d’infrastructures routières sont sources de croissance économique à long terme ; c’est bien dans ce sens que nous devons comprendre votre déclaration, monsieur le
Président : « Nous laisserons ces infrastructures en héritage aux générations futures, aussi, il nous faut protéger ces acquis par la vigilance au quotidien et par l’application de la loi, dans toute sa rigueur, et non en se livrant à la vindicte populaire que certains cherchent à favoriser ».
Qu’en est-il de cet héritage ?
– Inauguration de la voie express Andotapenaka – Boulevard de l’Europe. Rappelons deux choses que cette voie a été livrée en six mois par la société chinoise China Road and Bridge Corporation (CRBC), dans le cadre de la Francophonie et qu’elle doit être renforcée de nouvelle couche de bitume par ailleurs, après la saison des pluies, pour une libre circulation des camions et pour désengorger la circulation dans la capitale.
– La nouvelle route Ivato- Soavimasoandro- Tsarasaotra – qui n’est certes pas encore totalement terminée, mais qui pourra entrer en service pour le XVIème sommet de l’OIF- est fermée à la circulation sauf pour les deux roues et les piétons. Chantier non livré mais déjà à réhabiliter.
– Extension de la rocade d’Andotapenaka, la RN58A, côté Ouest vers l’aéroport d’Ivato en passant par Ambohitrimanjaka
– RN2, RN4, RN6 et la rocade Est pour la convergence des RN4 Majunga, RN3 Anjozorobé, RN2 Toamasina et RN7 Fianarantsoa Toliara.
En 2014, l’UE a octroyé un financement s’élevant à 20 milliards d’Ariary pour la réhabilitation des RN 2, 4 et 6. Notamment pour la construction de ponts métalliques sur les rivières Mahavavy, Betsiboka et Kamory. A ce moment, la route reliant Ambilobe à Vohémar était au stade de projet et les travaux étaient prévus commencer en 2015. En 2015, le ministre des travaux publics a annoncé que les routes Ambilobe – Vohémar et Ambanja – Antsiranana seraient réhabilitées au cours du deuxième semestre 2016. A ce même moment, le directeur interrégional des travaux publics, Sambisolo Emile Joseph, a également affirmé que l’étude concernant les travaux à réaliser sur Ambilobe – Vohémar était déjà finie et attendait une validation et un financement pour que les travaux puissent commencer. Pour ce qui est de la RN6 Ambanja – Antsiranana, un dégagement ouest devait être mis en place pour permettre de fluidifier le trafic, ainsi qu’un autre dégagement vers le port. Pour Ambanja, une déviation était à l’étude pour les gros véhicules. Les travaux pour ces dégagements étaient prévus au second semestre 2016. Spécifiquement pour Suarez Ambilobe RN6, les fonds FER (Fonds d’entretiens routiers), venant des activités des compagnies pétrolières, qui devait être utilisé pour la réhabilitation des routes, le ministre des Travaux Publics a expliqué que le budget « a été employé pour améliorer l’économie nationale dans d’autres domaines pendant la période de transition. Ce qui a retardé les travaux de réhabilitations des routes ». Le gouvernement tablerait sur un budget alloué pour l’année 2017 par le 11ème FED de 120 millions d’Euros (environ 384 milliards d’Ariary).
– RN9, pont de Befandriana et de Pomay
– Projet MEPATE, PRODUIR projet de Développement urbain et Résilience du Grand Antananarivo …
Comment interpréter ces valses dans les calendriers, cette multiplication des projets MEPATE, PRODUIR, PAIR …, ces détournements des allocations d’origine ? Comme une résultante de la « mal gouvernance », comme la résultante des lobbyings, comme un vaste réseau de corruption, ou/et comme un positionnement dans l’identification des projets prioritaires au vue de la campagne électorale 2018 ?
Nancy RAZANATSEHENO