Dépenses publiques: Trop maigres pour la période post-Enawo
A moins d’attendre un soutien massif des bailleurs de fonds, les dépenses publiques ne signifient pas grand-chose pour faire face aux travaux de reconstruction post-Enawo. Ce problème concerne notamment cette année 2017 si l’on se réfère à la loi de finances. En effet, les dépenses publiques ne connaissent qu’une maigre hausse de 2,1% cette année en passant de 16,2% du PIB en 2016 à 18,3% du PIB en 2017. L’agriculture qui représente toutefois 28% du PIB est parmi les plus touchés par le cyclone. Pour l’heure, le bilan définitif des ravages laissés par Enawo n’est pas encore établi, mais l’on cite des milliers et des milliers d’ha de rizières inondées, de routes coupées, des ponts endommagés, etc. Il y a donc fort à faire, rien que pour rétablir ce qui peut l’être. Et l’on ne parle pas des travaux de reconstruction proprement dits puisque l’on sait déjà que plusieurs dizaines d’écoles ont été détruites ou détériorées. Mais si l’on se penche sur le volume des dépenses publiques, la contribution de l’Etat à la reconstruction post-cyclonique risque d’être insignifiante.
Rien qu’au niveau de la structure des finances publiques pourtant, des réflexions devraient être engagées pour inverser la tendance en matière de dépenses de fonctionnement et d’investissement. Car il faut souligner que les dépenses évoquées ci-dessus englobent à la fois le fonctionnement et l’investissement. Et les dépenses d’investissement (environ 44% du budget total, d’après la loi de finances 2017) sont largement inférieures à celles pour le fonctionnement. Ce qui veut dire qu’actuellement, le fonctionnement prend beaucoup le pas sur l’investissement. Sous la transition marquée par des aides au compte-gouttes, l’investissement a été aux environs de 40%, contre 60% pour le fonctionnement. Avant de quémander auprès des bailleurs de fonds et d’endetter les générations actuelles et futures, les dirigeants devraient engager des réformes tendant vers l’inversion de la situation actuelle en matière de dépenses de fonctionnement et d’investissement. A titre de rappel, les soldes connaissent une hausse de 8,7% cette année, contre 13,9% pour les indemnités, 35,5% pour les biens et services, 9,9% pour les transferts et subventions. Tous ces postes s’inscrivent dans les dépenses de fonctionnement.
En revanche, le Programme d’investissement public (PIP 2017) enregistre une importante hausse de 78,4%. Mais c’est surtout grâce aux aides extérieures. Celles-ci assurent jusqu’à 76,2% du PIP pour cette année. Autrement dit, l’Etat malagasy qui rechigne à mener des réformes autres que celles imposées par les bailleurs, est condamné à recourir toujours à ces derniers. Et la période de reconstruction post-Enawo risquera fort de ne pas échapper à cette règle. Les bailleurs de fonds ont leurs propres intérêts à défendre et les réformes qu’ils imposent vont dans ce sens. Or, elles semblent entretenir un système macroéconomique et financier stable mais qui ne répond pas aux besoins réels du pays. Sous la transition, des réflexions ont été engagées pour se défaire de cette approche qui enferme le pays dans le cercle vicieux de l’endettement inutile et de la pauvreté, d’autant plus qu’à l’époque, les bailleurs de fonds n’étaient pas très présents pour dicter leurs lois. Mais ces réflexions initiées par des économistes et des hauts responsables dans des secteurs comme le Trésor public n’ont pas trouvé un écho auprès de l’Etat.
Fanjanarivo