Chronique de N. Razafilahy: Atmosphère de fin de règne

Après chaque complot et prise de pouvoir insurrectionnel réussi, les agitateurs patentés ont toujours fait croire à la populace que les partis au pouvoir  qu’ils ont  écarté de la conduite des affaires étatiques ne survivent pas après la chute de leur président fondateur. A tort, ils distillent de telles âneries afin de mieux fixer sous leurs jougs les badauds qui ont eu la naïveté de subir leur manipulation populiste tactique.

Qu’on le veuille ou non  le parti PSD de Philibert Tsiranana, malgré l’usure du temps et l’opportunisme-girouette  des Marson Evariste, Voninahitsy Jean Eugène, l’infidélité notoire de Ruffine,  reste toujours ancré parmi ses vieux militants de la première heure et les héritiers de la 1ère République. Grâce au charisme légendaire de leur fondateur, l’Arema de l’Amiral Didier Ratsiraka et l’UNDD du Pr. Albert Zafy font toujours partie du paysage politique malgache et tiennent encore la dragée haute lors des consultations électorales. Les défections de quelques ambitieux facilement tentés par le clientélisme ambiant n’ont fait  que consolider ce qui reste de leurs ouailles cruellement persécutés lors des évènements de 2002. De la formation TIM cet épouvantail hétéroclite qui volé en éclats durant l’exil de Marc Ravalomanana, il ne reste plus que quelques foyers de nostalgiques qui ne vivent que de l’espoir illusoire d’un retour aux affaires d’un véritable « filou » de la nation qui ne rêve que d’agrandir davantage l’empire industriel que ses visions monopolistes n’avaient pas réussi à finaliser à cause de la Révolution Orange. Tout le reste  n’est que gesticulation d’un « has been » borné. Il s’imagine pouvoir encore berner l’électorat malgache déçu et dégouté par l’amateurisme désastreux de ses successeurs. Andry Rajoelina et le MAPAR, Hery Rajaonarimampianina avec sa création le parti HVM, se trouvent tous empêtrés dans les filets de la l’adhésion à géométrie variable, de la corruption en haut-lieu avec les grandes et puissantes compagnies minières et les trafics en tous genres qu’il a laissés en héritage durant la Transition et même après. Tel est le paysage politique ce pays qui n’a pas  fini de subir les pires conséquences de ce que les  experts internationaux désignent sous l’appellation pudique consacrée de « régression du pouvoir d’achat de la population » dans un contexte de mauvaise gouvernance.

Rien ne  permet  encore d’affirmer que la fin du régime HVM est pour demain. Les zélateurs de la mode du port de la cravate bleu accusent une certaine presse de ne vivre que dans un défaitisme et une sinistrose chronique. Alors qu’ils font semblant de ne pas voir les poutres énormes au-dessus de leur tête qui risquent de provoquer un grand chambardement auquel, aucun d’entre eux ne pourra échapper. Ce n’est pas pour le plaisir de tourner le couteau dans les plaies béantes de cette 4ème République, mais il ne faut pas oublier qu’aux contentieux institutionnels du début de ce mandat du président Hery Rajaonarimam-

pianina sur le largage de Christine Razanamahasoa et de son Bureau Permanent, les décisions ponce pilatistes d’une Haute Cour Constitutionnelle handicapée par son président nommé par l’exécutif, les rancœurs nés de cette motion de déchéance mort-née, ne manqueront de s’ajouter dans l’esprit des gens les douleurs de ces expéditions punitives de ces derniers temps et cette grosse bavure que le général Mamizara avait qualifié avec ironie de « vindicte policière » au détriment de plusieurs villages et non d’une seule localité, comme on l’a fait croire… Et ce n’est pas le grand bluff des discours officiels sur les fruits imaginaires d’une permanente mendicité auprès des partenaires techniques et financiers aux attitudes douteuses qui rassurera l’opinion et fera oublier aux administrés qu’ils sont les dindons d’une farce géopolitique installée sous le couvert d’un « processus électoral » finalement pas convaincant du tout. S’il faut croire le communiqué officiel sur la visite des  sinistrés des rives du Lac Alaotra ou du moins la grande mare qui en reste «  Un don de 240 sacs de riz et des ustensiles de cuisine, et des médicaments a été offert pour les 4 communes d’Ambohitsilaozana. Et pour conclure son discours, le Président a fait appel à toute la population, aux élèves, enseignants et parents, d’avoir toujours à l’esprit la préservation de l’Environnement. »  Le lac est presque à sec lors de son passage, le président le sait-il ? A l’heure qu’il est, le ver est dans le fruit déjà pourri par l’enrichissement illicite. La confiance ne règne plus et la solidarité gouvernementale n’est plus que pure forme. Les indiscrétions et les fuites sur les travers des uns et des autres sont livrées aux médias avec des arrière-pensées calculés avec en prime les numéros des comptes bancaires, les montants et les documents des virements. Seule la crainte de se voir accusé de vols de documents  bancaires empêchent les médias de jouer le jeu…  C’est le sauve qui peut pour durer au sein du système, même si pour s’incruster, il faut trahir des amis, lâcher et sacrifier les maillons faibles. Si « ce machin» comme il l’appelait jadis le général de Gaulle en son temps, aujourd’hui avait jugé utile de solliciter l’entremise des Eglises pour cautionner la prochaine course à la présidence, ce n’est pas pour les beaux yeux de Mgr Odon Marie Razanakolona et son équipe, mais c’est peut-être parce qu’il serait préférable d’avoir recours au préalable, au goupillon  pour éviter l’usage du sabre qui risque fort d’avoir lieu, si on ne fait pas suffisamment attention. Tous les signes indicateurs et précurseurs des nuages sombres des périodes de troubles sont là. Cette forme de rébellion qui ne dit pas  son nom et qui a tendance à prendre de l’ampleur ne présage rien de bon. De mémoire de simple citoyen, jamais encore on a pu voir une pareille fréquence d’affrontements entre citoyens, entre des administrés et des éléments des forces de l’ordre. Ce n’est pas bon signe que tout cela…Dire que le système se flatte d’avoir un Premier ministre convaincu de diriger un « gouvernement de combat », lorsque la population rurale des endroits lointains enclavés doit subir l’arbitraire des abus des forces de l’ordre. Pendant que les bandes armées des dahalo s’en prennent aux paysans et aux éleveurs et que les ranchs des investisseurs au service du ravitaillement du commerce international de la viande, à partir d’Ankaramena, dans le district d’Ambalavao  et en rase campagne, font le plein et ne comptent pas moins de  2.000 zébus par secteur. Allez voir sur place si vous n’y croyez pas !

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