chronique de Razafilahy: Ne pas faire du dossier d’Antsakabary un écran de fumée

Cette énorme bavure  que le général Mamizara désignait sous l’appellation horrifiante de «lynchage policier » ne doit pas nous faire oublier qu’il y a pire quelque part. Il se trouve que pendant que tous les regards sont braqués sur les dérapages dramatiques de quelques policiers envoyés au zèle excessif, en service commandé par des ordres émanant de très haut, les trafiquants en tous genres ne chôment pas. Certains voient déjà des opportunités de rêve après le passage dévastateur du cyclone ENAWO avec comme destinations finales les importateurs  chinois. D’autres s’occupent des lingots  d’or et des invasions spatiales au profit des ambitions immobilières insatiables.

Si les plus dégourdis s’adonnent à une reprise de leurs anciennes activités illicites, les grands malins de l’affairisme sans frontière renforcent leurs acquis stoppés court par l’arrivée d’Andry Rajoelina et les militants du TGV dans la cour des grands. A la grande joie et satisfaction mutuelle des envahisseurs étrangers et de leurs valets indigènes vendus. A mesure que s’approche la période pré-électorale et les collectes des financements des campagnes, les sommes colossales en euros, en dollars de l’argent à blanchir coulent à flots vers les comptes discrets de quelques prétentieux aux ambitions fort déplacées. Ce faisant, d’un côté comme de l’autre, ils faussent les règles du jeu et violent les législations locales sur les financements des partis. Croyez-vous qu’après avoir réussi le coup de maître d’avoir favoriser l’adoption de la loi scélérate qui les met à l’abri de toutes poursuites judiciaires sur les trafics commis avant la promulgation de la loi N°2015-056 du 17 décembre 2015, «immédiatement en vigueur dès sa publication par voie radiodiffusée, télévisée ou par affichage, indépendamment de son insertion au Journal Officiel de la République ». En clair, celle nouvelle loi n’a pas d’effet rétroactif  prouesses frauduleuses illégales  de ce que la presse internationale elle-même montre du doigt avec précision comme étant une «caste de trafiquants du bolabola – le bois de rose en malgache – qui possède le pouvoir et l’argent. Ex-ministres, députés, hauts fonctionnaires, entrepreneurs… »  La grande famille de la « Bolabolocratie » s’est rangée pour autant, raccrochée leur blouse pour un repos du guerrier définitivement ?

Aux dernières nouvelles,  récemment c’est un sénateur de la région qui a ouvert le bal en réussissant l’exploit d’expédier vers la Grande Chine une cargaison de ce bois précieux. Il n’est pas le seul à narguer de la sorte les services de répression de ce commerce prohibé. Les derniers exploits de l’administration sur les arrestations de quelques sous-fifres donnent une idée de la force de dissuasion des agents de l’Etat. Surtout qu’on apprend sous la plume de Laurence Caramel du journal Le Monde qu’encore et toujours «à Madagascar comme en Chine, les volontaires ne manquent pas pour piller les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco et acheminer les rondins par containers entiers jusqu’aux portes de la deuxième économie mondiale, en empruntant les circuits bien huilés de la corruption. (…) Zanzibar et Hongkong ont un point en commun : leurs gouvernements n’ont pas transposé les règlements de la Cites qui exigent pour le bois de rose, comme pour toute espèce protégée inscrite à l’annexe 2 de la convention, que les importateurs produisent leur permis de commerce. Pas de règlements, pas de permis. Les trafiquants sont de fins connaisseurs des failles juridiques des États. La région administrative de Hongkong présente d’autres avantages à leurs yeux. Outre que les droits de douanes y sont minimes, y faire enregistrer sa société relève d’un jeu d’enfant. Quoi de plus simple alors pour brouiller les pistes que de posséder de multiples adresses dans ces immeubles  “boîtes aux lettres” dont l’ancienne colonie britannique s’est fait une spécialité.» Comment voulez-vous dans pareilles conditions que les parrains fassent la fine bouche et crachent sur les recettes de plusieurs milliards qu’ils peuvent engranger le doigt dans le nez ? Il est permis  d’en douter, c’est le cas de le dire, parce c’est l’occasion qui fait le larron, c’est bien connu… Pour ce qui concerne les autres secteurs porteurs des trafics illicites, celui des lingots d’or  n’arrête pas d’attirer la vigilance des douaniers et de la Police des Frontières qui arrivent toujours à mettre la main sur des quantités très risibles. Il est de notoriété publique que des vols de jets qui sortent des hangars privés échappent toujours aux contrôles et laissent le champ libre à une hémorragie très grave du métal précieux. Partant dans des valises entières, non plus dans des mallettes ou bagages à main, les lingots quittent le territoire national vers les coffres des paradis fiscaux et les raffineries des pays arabes. Le truc à la mode à l’heure actuelle qui connaît un engouement fort discret parmi les hommes politiques est le blanchiment d’argent de provenances douteuses. Défiant tous les  contrôles et les systèmes de surveillances officielles, par la magie de l’informatique et les transferts électroniques sous la protection très efficace de « swift code », des sommes fabuleuses par tranche de 50 millions d’Euros arrivent de l’étranger avec pour partie prenante des hommes politiques dans la clandestinité la plus complète. Malgré notre insistance, nos investigations pour obtenir les identités  des destinataires n’ont pu aboutir et nous laissent sur notre faim. Non seulement les avoirs déposés illégalement dans des banques à l’extérieur par les nouveaux riches des trafics de bois  de rose sont intouchables et bénéficient  d’une protection tacite des complicités en haut-lieu, mais en outre, les financements des partis servent de relais à la machine à laver aux recettes de l’argent sale d’origine étrangère anonyme.

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