Pauvreté rurale : très élevée malgré des milliards d’investissement

78,8% des ruraux sont pauvres si l’on prend la moyenne pour la période allant de 2001 à 2012, contre 35% pour les citadins, suivant les calculs tirés de la récente étude de la Banque mondiale sur l’évolution de la pauvreté à Madagascar. Il faut pourtant noter que depuis des lustres, les financements pour le développement sont allés plus vers le milieu rural que les villes. Ces dernières ont même été quelque peu oubliées des dirigeants et des bailleurs de fonds même si à elle seule, la capitale génère 55% du PIB du pays. Rien que pour les prêts convenus avec la Banque mondiale, le développement rural a toutefois bénéficié de plusieurs milliards de dollars depuis l’indépendance. Mais il n’y a pas que cette institution internationale. L’on peut aussi citer l’Union européenne, les différentes agences des nations unies dont la FAO, le PNUD, le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) dont l’approche diffère quelque peu de celle de la plupart des bailleurs et débouche à terme sur des résultats palpables… Mais dans la quasi-totalité des cas, les financements extérieurs n’ont pas apporté grand-chose à la lutte contre la pauvreté rurale. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur le taux moyen de pauvreté cité ci-dessus. Il risque encore de grimper si l’on y inclut la période postérieure à 2012 car malgré le retour à l’ordre constitutionnel en 2014, l’Etat n’a réussi à collecter que des miettes en termes de financements extérieurs.

Or, il n’a pas la volonté d’augmenter les recettes intérieures pour étoffer le financement de l’investissement, notamment en milieu rural, là où réside 80% de la population et plus de 70% de la population active. Malgré l’important apport des villes dans la croissance économique, le milieu rural ne peut donc être négligé de par sa place en termes de démographie et ses potentiels dont les vastes terres arables, l’abondance de la main d’œuvre, etc. Seulement, les pouvoirs successifs semblent s’être contentés d’avoir élaboré des politiques et stratégies sectorielles souvent dictées par les bailleurs de fonds. Pourtant, les objectifs de ces derniers ne correspondent pas toujours avec les réalités et les besoins locaux. L’on peut relever l’obligation pour les paysans de se regrouper pour bénéficier de tel ou tel soutien. Cette approche facilite le décaissement et le contrôle des fonds mais elle va à contre-courant du comportement des Malagasy dans les activités économiques, lequel va plus vers l’individualisme que le regroupement. Mais pour bénéficier des aides, l’Etat n’a jamais lancé le moindre débat sur cette question. Le milieu rural fait également face à d’autres difficultés.

Les ménages y subissent davantage les aléas des risques climatiques. D’après la Banque mondiale, les rendements des activités économiques dans les campagnes ont été fortement réduits à cause de ces aléas entre 2005 et 2010. Associé aux chocs sanitaires, ces problèmes expliquent la détérioration du bien-être des ménages ruraux. Le pays dispose de plans et de stratégies sur l’atténuation et la mitigation des conséquences du changement climatique, et l’agriculture fait partie des secteurs concernés. Toutefois, la mise en œuvre du contenu de ces documents laisse donc à désirer si l’on se penche sur la situation évoquée plus haut. 

Fanjanarivo    

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