CHRONIQUE DE RAZAFILAHY: Les effets pervers des salades de crudités
La gastronomie chinoise a une réputation mondialement reconnue à cause de sa finesse et d’un goût que la cuisine national d’aucun autre pays au monde ne peut égaler. Le canard laqué, le tsok accompagné des grillades version tsa-tsiou ou tout simplement la fameuse soupe chinoise ont marqué à jamais les habitudes culinaires la génération actuelle et même la suivante des amoureux des plats exotiques. Mais quand cette tendance à ne plus se passer d’une manière de vivre digne de la patrie du riz cantonnais se déteint sur les mœurs de la politique politicienne, alors là les choses risquent de se compliquer.
Surtout quand il s’agit de gérer la politique économique et financière à la mode de Hong-Kong, de la « rue du bois » de Xianyou ou avec le style administratif des autorités pékinoises qui irrite tant le président nouveau de l’autre géant économique outre-Atlantique. Justement les hauts responsables de ce pays viennent d’ancrer une fois de plus notre île dans le sillage de la nation des multiples superlatifs du continent asiatique. Il est désormais irréversible que le changement est acté. Dans son allocution au cours du Forum Asiatique de Boao, le président Hery Rajaonarimampianina en personne selon un communiqué officiel « s’est prononcé pour une renforcement de la coopération entre la Chine et l’Afrique ». En précisant bien clairement que « Madagascar, mon pays fait partie de cette Afrique dont je vous parle » a-t-il dit dans son discours. Que toujours dans cette optique son pays « constitue un carrefour stratégique et ambitionne de devenir le pays par excellence qui peut jouer un rôle de pont entre les deux continents ». Tout en souhaitant « intégrer le programme Ceinture économique de la Route de la Soie », le Chef d’Etat ajoute pour conclure « One Belt One Road »… Déjà selon un expert sinologue «Le cauchemar d’une partie des stratèges américains serait la réussite du projet de la nouvelle Route de la Soie. » C’est une prouesse dans le grand art de concilier l’inconciliable, il y a moins d’une semaine, que de réussir à engager le gouvernement du Japon dans le financement du projet d’extension du port de Toamasina jusqu’à hauteur de 45 214 000 000 Yen, soit 1.190 milliards d’Ariary. Juste au moment où d’après une dépêche de Nathan Vanderklippe, correspondant en Chine du “Globe and Mail”, même Donald Trump et les Etats-Unis « se sont abstenus de signer une “lettre privée”, adressée par 11 pays au ministre chinois de la Sécurité publique, appelant à mettre fin à des pratiques terrifiantes de détention illégale et de tortures contre des avocats et des militants de droits de l’homme. Les signataires sont les ambassadeurs d’Australie, du Canada, du Japon, de la Suisse et de sept pays membres de l’Union européenne. (…).
Pourtant dans leur scénario habituel d’une opacité inquiétante en matière de relations extérieures politiques, économiques et surtout financières, les autorités malgaches semblent avoir choisi de ne pas faire grand cas des intérêts nationaux légitimes. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux et de constater depuis des lustres, pour ne pas dire depuis toujours la balance commerciale se stabilise dans un déficit hautement préjudiciable pour nous. C’est tout à fait logique diront les esprits cyniques qui misent par intérêt cupide sur les retombées égoïstes du poids importations toujours en hausse et surtout supérieur aux exportations. A quelle sauce seront-ils cuisinés les habitants de ce pays quand les investisseurs de ce programme Ceinture économique de la Route de la Soie viendront envahir les secteurs miniers et pétroliers, déjà suffisamment déboussolés et pratiquement fragilisés. Sans que la population en voie la couleur et les effets bénéfiques des milliards de dollars qui en découlent par les jeux des taxes et redevances fiscales. Déjà, que l’artisanat et l’industrie locale et les petits commerçants locaux subissent les chocs d’une présence menaçante chaque jour de plus en plus envahissante… En toute honnêteté, il faut bien admettre que dans le monde planétaire des affaires le principe du « business is business » reste immuables. Indéniable également qu’après 45 ans de relations diplomatiques entre deux pays même dans la maximisation de ses intérêts stratégiques et économiques, l’essor de la présence chinoise a été toujours marqué par un dynamisme amical admirable de la coopération sino-malgache. L’axe routier Antananarivo-Toamasina, les hôpitaux providentiels de Mahitsy et d’Ambovombe accompagnés par le savoir-faire des médecins chinois, l’imposant Stade de Mahamasina destiné initialement à la ville de Fianarantsoa, les appuis culturels en faveur des étudiants malgaches dans les prestigieuses universités du pays du président Xi Jinping sont autant de réalisations à l’honneur de la République Populaire de Chine soutenues par des vieilles relations bilatérales. Et ce n’est pas à cause des tares locales de notre système étatique qu’il faut pour autant intensifier une forme de xénophobie stérile. Les points obscurs de l’aventure Wisco et les trafics intenses de bois de rose ont commencé sous Marc Ravalomana et cachent mal les avantages des financements parallèles hérités par un ministre des Finances et du Budget devenu président de la République après 2013, qu’il n’y pas lieu d’en faire un drame, tant que le déficit de la crédibilité de notre système judiciaire reste et demeure patent aux yeux de l’étranger et au détriment des justiciables locaux. Une conclusion édifiante de Mathieu Pellerin parue dans une Note de l’IFRI nous permet de mieux comprendre « l’attitude de la diplomatie chinoise actuellement à Madagascar : une ligne officielle de non-ingérence parfaitement respectée, derrière laquelle se cachent des prises de position plus ou moins marquées à propos des projets d’investissement chinois qui n’émanent bien souvent pas d’elle, mais qu’elle cautionnera par son mutisme pour peu qu’ils servent ses intérêts stratégiques.» Constat judicieux et très lucide d’un expert qui n’enlève en rien la justesse des préoccupations des observateurs étrangers sincères et des natifs de cette île. Ils déplorent sans se lasser que la « Mauvaise gouvernance, affairisme et partage inégal des richesses sont au final quelques-uns des obstacles à la croissance et au développement durable de Madagascar. » Pour une seule et véritable raison : «Madagascar continue de sombrer dans la pauvreté, rongée par la corruption et la cupidité d’une minorité qui a fait du pillage des ressources naturelles l’instrument de son enrichissement.» La grande question est maintenant de savoir, qui parmi nos dirigeants savent ce que Confucius ce très sage penseur de l’empire du Milieu voulait faire comprendre en disant en son temps : «Les seules richesses des gouvernants doivent être la justice et l’équité… »