Selon une étude de l’IFRI: Le régime lié à la criminalité !
Non, la fin du délestage n’est pas pour demain malgré les promesses du président Rajaonarimampianina qui l’a d’ailleurs intégrée dans son programme. L’explication est simple : les producteurs privés d’électricité feraient partie des « pactes élitaires » du président de la République qui en contrepartie des factures excessives bénéficierait du soutien de ce puissant lobby.
Certes, l’ouvrage intitulé «Madagascar face à la criminalité multiforme » qui vient de sortir (lire notre page d’à côté), n’évoque à aucun moment les fournisseurs privés d’électricité comme faisant partie des « pactes élitaires » qui sont définis composés des différents groupes et individus contrôlant le pouvoir. Dans cette étude, IFRI estime sans doute que les agissements des producteurs privés d’électricité ne sont pas criminels.
En attendant d’avoir accès aux documents qui attesteraient du niveau scandaleux des tarifs auxquels la Jirama doit acheter l’électricité chez ces fournisseurs privés, inquiétons-nous du système non moins mafieux révélés par le chercheur Mathieu Pellerin à propos de la gestion du pays. L’auteur parle notamment de « criminalisation de l’Etat » avec le développement des trafics en tous genres (or, pierres précieuses, bois de rose, animaux protégés …). « Ces ressources, au même titre que d’autres (aide internationale, budget de l’État, entreprises publiques, titres fonciers, etc.) font l’objet d’un accaparement par les différents « pactes élitaires » qui se sont succédés depuis l’indépendance dans le pays.
Ayant hérité d’un système auquel il faisait lui-même partie, sous la Transition, en tant que ministre des Finances, le président Rajaonarimampianina ne pouvait échapper à la règle d’autant plus que selon l’étude, il n’avait aucune base électorale alors qu’il a rompu avec Andry Rajoelina lequel a pu sauvegarder ses réseaux. Afin de pouvoir s’accrocher au pouvoir, lui-même a dû créer son propre « pacte élitaire » avec des méthodes peu politiques avec lesquelles des personnalités politiques ont dû rejoindre le HVM et des trafiquants notoires bénéficiés de la clémence du régime qui se retrouve « complaisant » devant les trafics et impuissant devant la violence accompagnant les vols de bovidés.
Le fléau qui affecte notre chère patrie n’est pas seulement le développement exponentiel des différentes malversations avec l’implication de toute l’échelle administrative, mais aussi la recrudescence de la violence avec la constitution des milices armées formées et équipées avec la complicité des gendarmes, militaires et policiers.
Ces réalités comme les manœuvres engagées, par le régime pour contrecarrer les pôles anti-corruption ne n’autorisent que peu ou prou d’espoir pour le pays. Sans le dire, l’auteur de l’IFRI laisse entendre que Madagascar a peu d’alternative. Avec Marc Ravalomanana qui revendique plus que jamais sa candidature à l’élection présidentielle de 2018, on risquerait de revenir aux années 2000 avec la « dérive patrimonialiste » autour du groupe Tiko. Avec Andry Rajoelina, les équilibres sociopolitiques seraient basés sur une « criminalité systémique » où la criminalité devient un mode de gouvernance à part entière et non plus un phénomène périphérique à l’État. « Madagascar, de ce point de vue, est à la croisée des chemins », conclut l’auteur en se demandant si « la normalisation du régime actuel se fera-t-elle à partir de ce mode de gouvernance qui n’a plus rien de singulier si l’on regarde par exemple comment évoluent les États dans la bande sahélienne, comme le Mali ou le Niger ? ».
Toujours est-il que l’auteur ne croit pas qu’Hery Rajaonarimampianina changera cette mode de gouvernance d’autant que « l’échéance électorale de fin 2018 ne l’y incitera probablement pas ». Pauvre de nous !
Sa