Opportunités à risques : tout aux Chinois, rien pour les Malgaches…

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY

Evidemment qu’avant même le départ de la délégation lourde conduite par le président Hery Rajaonarimampianina à destination de la République Populaire de Chine,  dans presque toutes les chancelleries et organismes internationaux, ce voyage a déjà fait l’objet d’une attention très particulière à plus d’un titre. A l’heure de l’émergence BRICS, un pareil détour ne passe pas inaperçu aux yeux du reste du monde. Surtout depuis que cette Route  de la Soie  est devenu le cauchemar pour certains experts de la géopolitique en général et des analystes en relations internationales en particulier. Le fait que les autorités chinoises s’intéressent actuellement d’une manière inhabituelle à l’Afrique et que justement dans son allocution devant ce grand pays qui tend la main, le président Hery avait clairement spécifié « Madagascar, mon pays  fait partie de cette Afrique dont je parle » Et que de surcroît dans le cadre de la nouvelle vision des relations entre les deux pays, selon le Chef de l’Etat toujours, notre île « constitue un carrefour stratégique » avec comme ambition «  de devenir le pays par excellence qui peut le rôle de pont entre les deux continents. »

La grande question qui taraude tous les esprits serait de savoir : « C’est quoi la contrepartie ? » Parce que si l’on croit les échos répercutés par des sources  généralement bien informées comme Chine Magazine « plusieurs accords ont été signés » à Beijing par les dirigeants des deux pays. Parmi des documents figurent la mise en place d’une Zone économique exclusive par la Chine à Madagascar, la construction de l’autoroute reliant Antananarivo-Toamasina, la création d’un grand port dans la baie de Narindra, sur la côte nord-ouest de la Grande Île, face au Canal de Mozambique. Poste de contrôle maritime idéal que Philibert avait refusé de céder au régime raciste de Sud-Afrique. Il a été question également du développement d’une « ville intelligente » par la société Huawei comme celle créée au Maroc avec comme vocation « abriter un réseau de caméras de surveillance pour la gestion et la sécurisation des activités urbaines.» Lorsque la même source  précise bien dans sa dépêche datée du 28 mars dernier que « Le point essentiel de la visite du président malgache à Beijing est d’avoir réitérer sa volonté de voir Madagascar intégrer la « ceinture et la route », initiative économique instaurée par Xi Jinping en vue de remettre en place l’ancienne Route de la Soie ». Les contacts préparatoires au niveau des ministères des Affaires Etrangères basés sur la bonne disposition de Hery Rajaonarimampianina qui selon la partie chinoise, de son côté serait « satisfait de la volonté de la Chine de renforcer la coopération sino-malgache mutuellement bénéfique dans le domaine des  infrastructures et de la capacité de production industrielle » en vue de faire « valoir les atouts géographiques naturels et des ressources naturelles spécifiques à Madagascar pour faire du pays un pont important et un trait d’union entre l’initiative » de Beijing et le continent africain. Plusieurs autres secteurs furent abordés lors des discussions d’Etat à Etat à propos de l’Agriculture, la Pêche, le Tourisme, l’Aviation régionale et les infrastructures.

Tel que se présente ce nouvel essor des relations de Madagascar avec la Chine inauguré il y a 45ans, n’importe quel observateur peut être convaincu qu’en ce qui concerne Madagascar, il ne peut y avoir

« péril jaune » en la demeure s’il n’y avait pas au niveau de nos décideurs étatiques ce penchant très prononcé à la prostitution vorace qui fait passer les profits illicites des privilèges égoïstes cupides avant et au-dessus des intérêts nationaux légitimes de tout un peuple. Il est hors de question de penser ici, que la tendance à la corruption puisse se connecter au niveau des autorités étrangères même si  cette pratique existe. Mais toujours est-il que dans les milieux des affaires, et c’est valable pour n’importe quel pays, la puissance de l’Argent joue un rôle très important. Et c’est justement entre secteur privé et les autorités locales que les opportunités commerciales et économiques douteuses sont d’une évidence préoccupante à cause des  risques préjudiciables pour Madagascar. L’histoire récente des connexions mercantiles fourmillent malheureusement d’exemples concrets très déplorables et décourageants. La Chine, il faut le reconnaître semble être la « solution à tous nos problèmes ». Dommage que des contentieux déplorables et intolérables pour les habitants ne permettent pas d’épouser les convictions à courte vue de certains qui ne voient que les retombées illégales de la présence très actives des investisseurs chinois dans les secteurs des ressources naturelles, de l’importation massive des produits de leur pays et des grands travaux d’aménagement du territoire. Ce n’est pas parce que les médias n’en font pas l’écho tous les jours qu’il faut croire que le peuple malgache ne souffre pas des abus perpétrés par leurs propres compatriotes pour satisfaire les caprices des riches exploitants miniers, industriels et commerciaux qui se comportent comme en pays conquis. Parce que selon notre confrère Berado « tout s’achète à Madagascar », surtout les soutiens protecteurs des décideurs locaux. Le phénomène est un mal qui a pris racine du temps où Marc Ravalomanana et ses successeurs avaient inauguré cette fâcheuse et catastrophique manie de brader notre territoire national aux envahisseurs étrangers(les affaires Daewoo, le projet Wisco, la sucrerie de Siranala, le domaine pétrolier, les extractions irrégulières d’ilménite, d’or, les minerais précieux. Ils n’ont fait que profiter de ces filons pour bénéficier des financements parallèles qui représentent « une alternative durable                et crédible aux bailleurs traditionnels ». Hery Rajaonarimampianina le ministre des Finances et du Budget de la Transition a été  un des artisans de cette voie pas très appréciée de la communauté internationale, mais très familière et utilisée par la fameuse (C.I.F) China International Fund. Une fois devenu président de la République, il n’a fait rien de mieux que de réchauffer les liens fructueux et profitables avec des partenaires de toujours et une diplomatie chinoise qui, tout en respectant la non-ingérence de principe, cautionne « par son mutisme » les dérives des activités nuisibles de certains de ses ressortissants. C’est à ce niveau que va se jouer la bagarre entre concurrents déterminés à servir la balance commerciale de leurs pays respectifs. Pierre Gattaz, Président du Mouvement des entreprises de France (Medef)  disait il y a deux jours : « L’Afrique, il faut la voir comme un marché du futur. Elle est riche en matières premières agricoles et minières, qu’elle doit transformer localement pour intégrer plus de valeur ajoutée ».  L’évidence des dommages collatéraux risque de bouleverser une conjoncture locale déjà  lamentable. Dans nos colonnes, Fanjanarivo ne déplore-t-elle pas que « le pays n’a cessé de régresser malgré quelques taux de  croissance ronflants » ? Et « qu’en terme de pauvreté, les Malagasy ont vécu et continuent à vivre comme dans un pays en guerre ! » En passant en revue les causes originelles de cette paupérisation galopante, elle conclut : « la liste est très longue s’il faut énumérer tous les écarts qui séparent les miséreux de la poignée de riches incluant les dirigeants».  Au détriment des simples citoyens, les nouveaux damnés de cette nouvelle forme de colonisation agréée  par un pouvoir exécutif pourri et toujours « gagnant-gagnant », qui finalement recevra l’approbation par un parlement croupion…

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